Bulle

Automne

L’automne est arrivé à une vitesse… Encore trop tôt pour mettre le chauffage. J’ai l’impression que l’humidité s’infiltre jusque dans mes draps. J’ai froid. Tout le temps. Le jour, la nuit. Je dors avec un pull et des chaussettes. Je m’emmitoufle dans une grosse écharpe la journée. C’est ma façon de trouver confort et réconfort. C’est mon côté félin. Quand quelque chose me manque, quand le puzzle est incomplet et que je me creuse, je vais le chercher dans les objets et, plus généralement, les vêtements.

Si tout va bien, on m’enlève le plâtre la semaine prochaine. Je compte les jours qui passent par le nombre de piqûres qu’il me reste à faire. C’est mon calendrier de l’Avent : tout juste une boite pleine. Il faut encore que la radio de contrôle soit concluante. Et j’aurai sans doute des séances de rééducation. J’ai hâte de passer à autre chose. Le confinement était déjà assez difficile sans que j’ai besoin d’être prisonnière de mon propre corps. J’ai besoin de retrouver ma mobilité et choisir ce que je fais de mes journées. J’ai envie de refaire du sport, de pouvoir danser.

Je vais surmonter cet épisode. Je vais me relever et je pourrai être fière de moi en me disant que je m’en suis plutôt bien sortie. Je réussis à me laver (ce que je redoutais le plus) de la tête aux pieds (enfin juste un). Je me fais des repas équilibrés (que j’arrive à manger ces jours-ci). La vaisselle est propre. J’étends, je plie et je range le linge. J’ai même mis un peu de maquillage et passé l’aspirateur toute seule aujourd’hui. J’ai des petites baisses de régime mais elles me rappellent que je suis humaine et que ce n’est pas synonyme de laisser aller.

Ma mère m’a envoyé un message pour me dire qu’elle était bien rentrée d’Espagne. Contrairement à ce qu’elle m’avait dit, elle ne m’a donné aucune nouvelle en dehors d’une photo de la plage. Comme couru d’avance, l’appartement qu’ils ont visité leur plait. Les locataires actuels doivent informer le propriétaire qu’ils quitteront les lieux d’ici la fin de l’année et faire leur recommandation. Elle a cru bon d’ajouter qu’il y avait des lits jumeaux (le rêve) pour moi et mon frère au cas où nous leur rendions visite. J’ai souri. Jaune. Déjà parce qu’on n’a plus 4 ans et, de l’autre, parce que cela n’arrivera pas tout de suite pour ma part.

Je ne dis pas que cela n’arrivera jamais mais si nous devons accepter sa décision -- qui est celle de partir, de mettre tant de distance entre nous -- elle doit aussi se faire à l’idée que ce n’est pas nécessairement la première destination à laquelle on pensera pour nos vacances. Je sais déjà que je vivrai mieux la séparation qu’elle et qu’elle s’en plaindra tôt ou tard, comme le font aujourd’hui mes grands-parents à grand renfort de chantage affectif (toujours à la limite de l’insulte). On n’a pas le droit de s’éloigner (surtout avec des arguments bidons tels que "La vie est moins chère là-bas : on va au resto pour moins de 15 € par personne. Déménageons !") pour ensuite exiger des autres, de façon implicite ou perverse, de venir.

J’ai eu l’occasion de poser les questions que j’avais sur la "proposition" de poste que l’on m’a faite. Sans surprise, la personne que j’ai eu au téléphone n’avait aucune information à me communiquer. Cela ne dérange personne de ne pas avoir de fiche de poste, de ne pas avoir de dates, de ne pas connaitre le salaire. C’est assez incroyable de croire que les choses sont acquises au point de ne pas verrouiller les bases. Je ne m’engagerai pas sans un minimum de confirmations.

Je voulais aussi qu’ils prennent note de mes conditions. Tout le monde a pris un mois ou plus de congé et ils ne comprennent pas pourquoi je demande trois semaines. On m’a dit : "On est partis sur deux semaines maximum. Tu sais, si ce n’était pas urgent, on ne passerait pas par de l’intérim." J’ai fait les huit mois de mission initiale et cumuler deux postes (au lieu d’un) pour le même salaire et sans m’arrêter. Si je dois repartir pour six, il me faut impérativement une pause. J’ai besoin d’une coupure, de me ressourcer. J’entends parler de ce besoin depuis le mois de juin donc soit on n’a pas la même définition d’une urgence ; soit qu’on me transmette urgemment les conditions de travail qui vont avec. Ou qu’on s’adresse à quelqu’un d’autre de moins exigeant.

J’ai aussi évoqué l’autre possibilité. Celle de ne pas continuer et de me lancer dans une formation, sous réserve qu’elle soit validée. Je voulais être honnête avec eux, jouer cartes sur table. Et leur faire comprendre que, si je ne suis pas indispensable, le monde continue aussi de tourner sans eux. Je n’appartiens à personne. La réponse ne devrait plus tarder.

J’ai reçu la confirmation du report d’un voyage que je devais faire cet été à la fin d’année prochaine. J’ai aussi pris une place de concert en excursion pour un autre voyage au printemps. Il peut se passer tellement de choses d’ici là ! D’une certaine façon, cela veut peut-être dire qu’il faut penser à vivre au présent. C’est plus fort que moi, j’ai besoin d’avoir des projets pour avoir envie de vivre.