Bulle

Béquilles

Mon frère avait insisté pour que je parte vivre chez ma mère quelque temps. J’avais insisté pour ne pas y aller. Je n’avais pas envie de renoncer à toute mon indépendance, à me plier aux règles d’un toit où je ne me sens pas très à l’aise. D’autant plus que je me sentais forte et capable de me gérer. Je n’avais pas envie d’être infantilisée ni d’être assistée. J’ai réorganisé mes affaires et mon temps. J’avoue que je me surprends moi-même (et je soupçonne mon entourage de l’être aussi). Je savais que je m’adaptais à tout mais je sous-estimais la vitesse à laquelle j’ai réinventé mes repères sans dénaturer mon environnement intime.

Et je sais que je ne suis pas seule -- ce qui change beaucoup la donne. C’est un sentiment assez étranger que j’apprécie. Mon frère s’est encore occupé de moi en venant me rendre visite après son stage. Le simple fait de faire le trajet pour me tenir compagnie une heure ou deux, plier et ranger le linge n’importe comment, discuter de ses journées (et piller mes placards)...

Ma mère est également venue déjeuner et passée un après-midi avec moi. Elle m’a apporté des petites courses d’appoint. Mon père et mon frère l’ont rejoint en fin de journée. On a pris un goûter tous ensemble. Il est rarissime de voir mes parents dans la même pièce. J’ai aimé ce sentiment d’être réunis (ça m’inspire des voeux de famille et me rappelle qu’il n’y a pas que mon pied qui est cassé). Il n’y a jamais personne chez moi quand tout va bien.

Le temps d’une piqûre, l’infirmière s’est jointe à nous. J’ai bien tenté de me faire mes injections quotidiennes toute seule mais je m’y prends comme un pied et je me fais mal. J’ai la chance d’être tombée sur deux infirmières aussi rapides qu’efficaces donc autant laisser les professionnelles faire. Chacun son métier !

Côté travail, ma mission se poursuit 100% à distance. J’ai donné le choix à mon employeur potentiel de me laisser travailler de la maison ou d’accepter un arrêt de travail d’un mois. J’aurais pu choisir d’être arrêtée mais j’ai autant besoin d’occuper mon temps qu’eux d’avoir quelqu’un. Etant donné que je remplace deux collaboratrices temps plein, les journées sont très chargées et je n’ai pas le temps de ruminer. Et mon salaire ne sera pas impacté. La fin approche à grands pas.

Ma chef m’a proposé de me payer le taxi pour venir au séminaire que j’ai organisé la semaine prochaine. La logistique d’une journée pareille (béquilles, masque, mobilité limitée et grosse chaleur) ne m’enchante pas du tout. J’ai poliment décliné.

J’ai enfin eu un retour de la part d’un des organismes de formation que j’avais sollicités par Pôle Emploi. Une campagne d’inscription vient de s’ouvrir. Je vais aller aussi loin que possible dans les étapes de sélection et saisir ma chance si je peux en avoir une. Les places sont limitées alors je ne me fais pas trop d’illusions. Ou plutôt, je reste réaliste. Le principal, c’est de passer à l’action pour ne pas avoir de regret. Et puis, ça mobilise mon esprit sur un objectif à atteindre.

J’ai réussi à reporter mon stage de photographie à l’année prochaine sans frais. J’étais tellement enthousiaste à l’idée de mettre un peu de nouveauté dans ma vie… Ce n’est que partie remise, heureusement. Comme cette soif de dépaysement et de voyages… Par contre, je crois que les places pour l’exposition que je devais aller voir avec mon frère sont fichues.