Bulle de Vie

Caramel

Ma deuxième chienne s’en est allée hier soir. 14 ans, mon p’tit chat.

Mon frère a appelé et, dans sa voix, je savais déjà et je ne voulais pas. Il n’a rien dit quand il est venu me chercher au garage.

C’est quand il a mis la clé dans la serrure et que je ne t’ai pas entendu aboyer que j’ai compris. Je n’ai pas roulé assez vite pour arriver avant que tu t’éteignes. Au fond de moi, je sais que tu attendais qu’il rentre du Sud pour partir dans ses bras, brave fille. Être son ombre une dernière fois.

J’ai un énorme trou dans ma poitrine. Des larmes de sauvage par vagues. Des yeux brûlés. Un cauchemar de toi ce matin, prenant appui sur le mur côté fenêtres, à renifler l’air du dehors qui dégage les longs poils de tes yeux. Tes yeux curieux, rieurs, pleins de malice. Et puis tu prends de l’élan et tu sautes. Tu t’envoles. Du haut de la tour, je vois ton corps tout en bas, sur le flanc dans l’herbe tendre. Tu dors les yeux ouverts. Tes yeux comme deux billes noires, et fixes, et vides, qui ne regardent rien et qu’on ne peut pas fermer. L’immobilité ne te ressemble pas. Ton absence laisse une solitude si froide.

Je veux ta joie de vivre et cette façon de t’essouffler parce qu’on est tous là, dans la même pièce ou à faire bouger anormalement les portes et que tu veux tous nous aimer tout feu tout flamme très vite et en même temps. En vérité, je n’ai pas compris comment tu as pu vieillir en ayant autant le diable au corps. Je veux ta tête sur mes pieds et une de tes longues pattes d’araignée sur la cuisse voisine. On ne part pas. On ne bouge pas sans que tu saches où et pour quoi faire de mieux. Je veux tes courses folles, tes poils Polnareff, tes cambrures de félin et tes balles de tennis quand tu veux jouer à 3 heures du matin. Et ton amour fidèle et fort.

Je t’ai vu arriver au monde, ma p’tite. Tu tenais dans le creux de ma main, Chouchou. Je crois que tu as eu une belle vie mais tu vas me manquer. Terriblement. J’aurais voulu être une meilleure compagne. Là, j’ai besoin de laisser libre cours à mon chagrin mais je ne suis pas inquiète. Tu es partie quand tu l’as décidé, en bonne santé et sans souffrir. Tu n’avais juste plus de vie comme on n’a plus de pile. Alors repose-toi. Et mon coeur sait où tu es même si, vue d’ici, ça me parait loin.

J’apprends à vivre et à aimer comme toi et après, promis, j’apporte les croquettes et on r’met ça. Embrasse ta mère pour moi.

Je t’aime.