Bulle

Chiquilá

Ecrire tout ce que j’avais sur le coeur hier m’a fait beaucoup de bien. Je suis encore en train de digérer les faits. Je travaille à la prise de recul et au lâcher-prise qui doivent aller avec. A quoi bon brûler mon énergie pour des choses que je ne peux pas contrôler ?

Ce n’est pas juste le voyage. Le Mexique ne va pas disparaitre de la carte demain. Je pourrai y aller quand tout ira mieux si l’opportunité se présente. C’est, entre autre, cette histoire de synchronicité (impliquant une personne en particulier) qui m’a achevée et frustrée. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter une pareille claque ? Je ne le saurai sans doute jamais mais c’est comme ça. Fais-toi une raison et avance.

C’était l’apogée, le point culminant d’une parenthèse de déceptions à la chaine. Je dis bien "parenthèse" car je suis déterminée à archiver ces moments.

Tout d’abord, il y a la formation que j’avais commencé et que j’ai arrêté. Il m’a fallu moins de 24 heures pour m’apercevoir que plusieurs choses n’allaient pas. Je ne vais pas refaire une plaidoirie par écrit ici mais, au bout d’une semaine, j’avais assez d’éléments pour faire une lettre de dix pages et dénoncer les différences de traitements entre les étudiants "normaux" et ceux financés par Pôle Emploi. Le plus gros critère étant que les échéances imposées par l’école (inflexible malgré la situation) ne permettent tout simplement pas d’obtenir le diplôme. J’ai retourné le problème dans tous les sens et c’est la seule issue possible pour tous les concernés.

Je ne me vois pas m’investir et m’impliquer dans un cursus tout en sachant que, quoique je fasse, quelles que soient les notes obtenues, je n’aurai pas de certification à la fin. Alors que c’est la raison pour laquelle je me suis lancée. D’ailleurs, qui serait motivé de s’entendre confirmer que tous ces efforts ne serviraient à rien ? Il est évident que l’école a signé ce partenariat dans l’unique but de récupérer les subventions de l’Etat. Et c’est dégeulasse.

Cela a pris quelques jours mais j’ai finalement eu un retour de ma conseillère Pôle Emploi. L’attente a été anxiogène. J’ai eu son approbation pour mettre un terme à cette formation sans impact sur mes indemnités. Je suis tellement déçue d’avoir à renoncer une nouvelle fois à ce diplôme. Je pensais que cette fois-ci serait la bonne…

De retour à la case départ. Je me suis remise en recherche active d’emploi. Je ne m’attends pas à avoir de réponse tant que le télétravail est privilégié mais je resterai peut-être dans les pipes des recruteurs pour la reprise. Ceux qui déclinent mes candidatures sont réactifs et c’est tant mieux. J’aime être fixée et savoir à quoi m’en tenir. Pour oublier l’amertume, je me dis que ça a parfois du bon de repartir de zéro et que, encore une fois, si les choses se sont passées ainsi, c’est qu’il ne devait pas en être autrement.

Et puis, je ne dois pas être complètement injuste. Tout ne va pas si mal.

J’ai reçu mes documents de fin de mission et le versement de mon solde de tout compte. Je ne m’attendais pas à un tel montant. J’ai mis la majorité de côté et je me suis fait plaisir. J’en avais besoin.

Mes séances de kinésithérapie se passent très, très bien. Ce matin, le médecin me disait que peu de patients font autant de progrès d’une fois sur l’autre. J’ai commencé à me demander si elle le disait à tout le monde pour motiver ces clients. Et puis je me suis dit de me la fermer. A quoi ça me sert de penser ça ? Elle te dit que ce que tu fais est bien. Voilà. Ce que tu fais est bien. Point. Accepte-le et continue sur ta lancée !

Elle m’a fait faire du trampoline. Ça me paraissait complètement irréel d’être là à faire des bonds comme un petit pois. J’ai la trouille de tomber, de me refaire mal. Je devais être en primaire la dernière fois que j’en ai fait. Plus exactement dans un de ces châteaux gonflables qui rendent les gosses hystériques.

Enfin, j’ai fait mon dernier don du sang de l’année (je ne pourrai plus en faire avant avril 2021) et mon premier don de plaquettes. Je devais déjà en faire un la dernière fois mais les stocks étaient déjà pleins. On m’avait recommandé de prendre rendez-vous plus tôt dans la journée et d’être stratégique en venant aux alentours d’un jour férié. Alors j’y suis allée la bouche en coeur et toujours heureuse de me sentir concrètement utile pour mon prochain. Sauf que j’ai fait un malaise à moins de dix minutes de la fin et que les infirmières se sont moquées gentiment de moi.

Il n’y avait rien de vraiment méchant et, oui, elles traversent leur propre période de merde et ont besoin de décompresser. Ma vision devenait floue et je commençais à me sentir partir alors j’ai demandé à avoir un peu de sucre. Au lieu de ça, l’infirmière est allée chercher la consoeur qui s’était occupée de moi. Je me suis retrouvée toute seule dans la salle de prélèvement et j’ai eu peur que personne ne revienne…

Elles sont revenues à deux, m’ont allongé et m’ont mouillé le visage avec un brumisateur en disant : "Adieu le make-up !" en riant. Je me sentais faible dans mon corps à moitié évanoui (ma tension avait en fait brusquement chuté), faible de ne pas avoir pu aller au bout du don (surtout si près de la fin), et dévalorisée physiquement. Gratuitement. Le plus ironique, c’est que je m’efforce de me mettre un peu de maquillage de temps en temps, même quand je ne sors pas. Pas parce que je me crois jolie avec ou sans mais pour prendre soin de moi et ne pas me laisser aller.

Ça ne change rien au fait que j’ai sans doute pu aider quelqu’un hier, aujourd’hui ou demain…

Je suis rentrée chez moi et j’ai embrayé sur Holbox. C’était trop pour moi.