Bulle de Vie

En soute

Je suis à la veille d’un départ que je crois important pour moi. Et je suis angoissée, mentalement agitée, comme si mon corps avait compris que quelque chose de plus grand que moi et d’incontrôlable est en train de se préparer. Je veux l’écrire ici car j’ai besoin de déposer ce "poids" quelque part et je n’arrive pas à me diriger vers mon journal papier. Bordeldebordel.

Mais je ne renoncerai pas. Je ne renonce plus à la vie.

Mon égo a peur que cela arrive (et ne pas savoir quoi faire de bien). J’ai peur que cela n’arrive pas (et ne pas savoir quoi faire de plus). Et si je me trompais ? Et si j’avais raison ? Et si il n’y avait rien à chercher, rien à trouver ? Et si tout commençait là-bas ?

Je ne suis pas faite pour être dans l’entre-deux. Les dernières semaines m’avaient donné un tempo effréné. J’ai l’impression que c’était un avant-goût…

Il se peut que je revienne sans histoire à raconter. Quoiqu’il arrive, je ne devrai pas m’en vouloir d’y avoir cru, d’avoir cru. Je ne devrai pas m’en vouloir de m’être trompée. Je prie pour que ma foi en ressorte intacte. Pour le moment, j’essaie d’apaiser mes doutes sur ces incertitudes (écrire me fait déjà du bien) pour partir le coeur léger, prêt à accueillir ce qu’il y a à vivre.

La valise est ouverte sur le lit. Je ne sais pas si elle respecte le poids autorisé. Je ne sais pas pourquoi je l’ai rempli comme si je partais pour toujours alors que je m’absente que quelques jours. J’ai laissé faire…

Mon ancien collègue est revenu à la charge pour m’annoncer qu’il partageait son bureau avec de nouvelles têtes, que ma présence féminine manquait et finir sur une proposition de restaurant dès qu’il sera vacciné. Le fait que j’entende parler de ce restaurant depuis le mois d’avril m’a lassé. Je n’ai plus la patience pour ce genre de connerie. Et puis, c’est comme si il appartenait à une autre partie de ma vie, à quelque chose qui n’a plus sa place dans mon présent et qui n’en a pas dans mon futur.

Mon père est passé pour avancer sur le chantier qu’il a commencé dans mon salon. Cela fait plus d’un mois maintenant et je vis encore dans les cartons. Je ne peux pas m’installer tant qu’il n’a pas fini ce qu’il a commencé. J’étais très enthousiaste et reconnaissante de ce qu’il a fait pour moi au moment du déménagement et maintenant, j’ai l’impression de comprendre ce qui se trame. En laissant le salon en vrac, en gardant avec lui le matériel qui me permettrait d’avancer seule, en espaçant ses visites, il me rend dépendante de lui et je déteste ça.

J’ai réussi à finaliser le papier peint du salon et je suis bien avancée sur celui de la chambre. Il me reste le mur de la cuisine à faire. En regardant mon travail, il a reconnu que j’avais bon goût et envisage même de "prendre mes idées" pour chez lui. J’ai toujours été douée pour décorer les pièces et aménager les espaces. Cela serait d’ailleurs mon métier si il ne s’y était pas opposé. Mais, pour la juste mesure, il n’a pas pu s’empêcher d’équilibrer la donne en faisant des petites remarques qui commencent toutes par : "Je ne juge pas hein..." et "Je ne veux pas t’influencer hein..." Pourquoi les gens annoncent-ils toujours par la négative ce qu’ils sont précisément sur le point de faire ? Il s’est étonné que je sois capable de poser le papier peint droit, répète que mes outils sont nuls… Il a complètement oublié qu’il était chez moi.