Bulle

Holbox

A l’heure où j’écris, je devrais être sur une plage d’Holbox avec de nouvelles copines. Je réalise tout juste ce que me coûte d’avoir renoncé à ce voyage et aux synchronicités que je manque pour la troisième fois de l’année. Et cette fois, ça ne passe pas. C’est violent comme je me déteste, comme j’ai envie de me jeter contre les murs.

Une part de moi s’en veut énormément d’avoir dû annuler ce voyage que j’attendais. Parce que je rêve d’aller visiter les sites archéologiques mexicains. Je rêve de vacances lointaines et ensoleillées. Je rêve de dormir à moitié nue et de me réveiller avec des odeurs de sable chaud au son des vagues. Je rêve de soirées dansantes, suaves et exotiques.

Mais voilà, les billets d’avion ont été annulés en août et je n’ai toujours pas été remboursée (sinon j’aurais peut-être envisagé d’en reprendre). J’ai bien récupéré mais ma cheville ne me permet pas encore de faire d’activités sportives soutenues. J’aurais été frustrée de vivre ce voyage qu’à demi, de regarder les autres en profiter à fond et de boiter derrière, de ne rien partager de l’expérience. Je dis ça mais je ne sais même pas si le départ a bien eu lieu avec le reconfinement et les tests à passer…

Mon égo est tellement blessé que j’en oublie presque tous les risques qu’un tel voyage aurait représenté pour moi, mes proches et toutes les personnes que j’aurais côtoyées et exposées.

C’est comme si je n’étais pas là où je suis censée être. Tout en sachant que si les choses se passent ainsi, avec autant de facteurs annonciateurs, c’est qu’il devait forcément en être ainsi. Je le sais bien. Je suis à la limite de me convaincre que ma chute avait bien verrouillé le fait que je ne partirai pas. Nulle part. Mais c’est insupportable et je m’impatiente. C’est comme rouler sur la départementale qui longe l’autoroute sans trouver l’échangeur pour s’y insérer et rouler à 130 une bonne fois pour toute. Je rêve de réaliser et vivre mes rêves. J’en ai marre que ça n’arrive qu’aux autres.

Cela fait plusieurs jours que je voulais écrire pour poser les choses, les laisser quelque part pour me libérer de ce poids, de cette culpabilité. Je me suis laissée submergée par différentes émotions. Elles ont fini par prendre le dessus sur le mental. Je suffoque. Dans ces moments-là, je suis tellement désorientée que je ne sais plus du tout où j’en suis…

Ça fait deux jours que je n’arrive pas à faire taire cette petite voix intérieure, côté obscur de la force, qui me répète que je ne suis qu’une merde. Une merde qui, depuis des mois, fait du mieux qu’elle peut pour faire les choses bien (pour moi et pour les autres) et qui, par maladresse ou stupidité, s’égare dans ses choix. Est-ce que je suis en train de rouler à côté de ma vie ?