Bulle de Vie

Ne le dis à personne

Il parait que toutes les guérisons de l’âme sont précédées de phase d’inconfort pour pouvoir aller de l’avant. Je crois que je suis vraiment dans cette période. Parce que je n’ai aucune raison tangible de me sentir aussi "basse" depuis mon retour sur le continent.

Tantôt je suis pleine d’optimisme, de foi et de gratitude ; tantôt je suis rongée par les doutes et les remises en question. Ces changements d’humeur sont très pénibles mais je sais que ça ne durera pas. Au fond de moi, je sais que tout ira bien. C’est juste une période de tests (pas forcément mauvais, juste déstabilisants) à passer pour m’emmener vers le prochain chapitre de ma vie. Et en attendant d’en découvrir les premières pages, je fais mon maximum pour me préserver et éloigner le bouton "auto-destruction" loin de moi.

Alors je lis et j’écris. Je n’ai pas envie d’en parler mais l’écrire, oui. Cette petite action, cette façon de me "parler à moi-même" m’ancre vers la suite. Ça me rassure de ne pas être figée au point d’être bloquée.

J’ai franchi le pas pour retourner sur l’Île. Seule. J’avais hésité à l’écrire franchement dans mon dernier écrit mais à quoi bon. Personne n’est au courant de ce projet et je n’ai pas l’intention d’en parler à qui que ce soit de vive voix. Ni maintenant ni jamais.

A défaut d’y rester, y retourner rapidement était une évidence. J’ai compris le message. J’y serai bien retournée plus tôt si les prix d’hébergement en pleine saison n’étaient pas aussi chers et exclusivement en hôtel. Avec le recul, je ne sais pas combien de temps j’aurais pu tenir sur place avant d’être dans le rouge… Rentrer à la maison était le meilleur moyen d’y réfléchir et de m’organiser. Ma décision était prise le soir même de mon retour en France mais j’avais besoin de perspective pour avancer et planifier un nouveau voyage "hors budget".

J’ai repensé à cette destination de 2019 où je m’étais également sentie arrachée. Le contraste était moins prononcé qu’aujourd’hui. Je n’ai pas eu ce sentiment d’appartenance indéfectible que j’ai aujourd’hui mais j’y pense encore souvent avec beaucoup de nostalgie. C’est un inachevé que je devrais tôt ou tard terminer. Je me suis renseignée mais les frontières restent fermées…

Mon premier voyage sur l’Île a été organisé par une agence spécialisée. Cette fois-ci, je ne rejoins pas de groupe d’inconnus. Enfin, je me comprends car les choses ne se passent déjà pas comme prévues…

Mon calendrier s’est basé sur mes quelques engagements et la disponibilité des vols en corrélation avec celui des deux locations que j’avais repérées. Mes billets réservés, j’ai choisi un petit appartement dans un endroit calme et un peu isolé. Je n’avais pas envie d’hôtel ni d’endroit trop animé. Je veux me sentir en sécurité, près de la nature et parfaitement libre. Les prix sont un peu moins violents sur la fin de l’été et sur des vols en semaine moins influents. Pour les mêmes conséquences financières, je peux rester m’imprégner plus longtemps. C’est comme une deuxième retraite en solitaire.

Et puis, le lendemain, nous avons reçu un message sur le groupe encore actif de la prestataire qui assurait les cours de yoga. Un petit rappel où elle nous demandait de ne pas l’oublier et de laisser un avis sur notre expérience. Je me suis égarée sur son site personnel pour retrouver le lien et, de fil en aiguille, j’ai découvert qu’elle encadrait une autre retraite indépendante exactement entre la fin des engagements qui me retiennent en France et mon premier jour de location sur l’Île… C’était tellement bizarre et, en même temps, une très belle invitation.

Mes pas m’ont conduit à vérifier si il restait de la place et la suite s’est enchainée. J’ai confirmé ma participation, modifié mes vols et ma location (pour compenser la durée et le coût) sans le moindre obstacle ni concession supplémentaire.

Donc, d’une certaine façon, je vais tout de même rejoindre un groupe pour quelques jours. Apparement, je suis la seule française du lot. J’espère que mon niveau d’anglais sera suffisant pour me faire comprendre. Cette fois-ci, en dehors des heures de pratique, je serai totalement indépendante.

Vraiment, tout ira bien.

Le dernier carton de déménagement a trouvé le chemin des bacs de recyclage. J’ai fait un tri énorme dans les documents que j’ai rangés. J’ai eu si peu de temps entre le moment où on m’a annoncé que l’on m’attribuait un nouvel appartement et le déménagement que j’ai tout empaqueté sans chercher à épurer. J’avais le temps de bien faire alors j’ai fait une pile de papiers à détruire… Et le passé appartient au passé.

Peu avant de me réveiller, j’ai rêvé être à la caisse d’un supermarché. Indécise, je demandais à essayer plusieurs articles alors que je savais que je n’avais pas l’intention d’acheter quoique ce soit. A côté de moi, s’entassaient en désordre tous les articles que je ne voulais pas puis tous ceux que les autres clients abandonnaient. A la caisse, une femme s’est collée à moi pour me parler dans une langue étrangère. Je lui ai dit que je ne la comprenais pas. Elle m’a poussé vers l’avant avec son caddie. J’ai manqué de tomber à la renverse et elle n’arrêtait pas de me dire à quelques centimètres de mon visage d’un air très agressif : "Que dira-t-on quand on apprendra que tu n’es pas rentrée au pays ? Qu’est-ce que l’on pensera de toi hein ?"