Bulle de Vie https://bulle.journalintime.com/ fr 2021-09-25T21:51:00+02:00 https://bulle.journalintime.com/Zaphir Zaphir Sans surprise, j'ai envie de repartir. Déjà. Et il est certain que je repartirai. Je repartirai bientôt, quand je me sentirai appelée. L'Île me manque et me manquera beaucoup mais je ne suis pas triste d'être rentrée. J'ai même l'impression d'apprécier davantage ce que j'ai maintenant que je suis apaisée après le bouleversement de mon premier voyage. Je ne peux pas être triste. Je me sens présente et calme. Ça me fait du bien. Cette Île existe et je ressens tellement de gratitude de l'avoir découverte au bon moment dans ma vie. C'est une chance d'avoir pu y retourner si vite, Sans surprise, j’ai envie de repartir. Déjà. Et il est certain que je repartirai. Je repartirai bientôt, quand je me sentirai appelée. L’Île me manque et me manquera beaucoup mais je ne suis pas triste d’être rentrée. J’ai même l’impression d’apprécier davantage ce que j’ai maintenant que je suis apaisée après le bouleversement de mon premier voyage. Je ne peux pas être triste. Je me sens présente et calme. Ça me fait du bien. Cette Île existe et je ressens tellement de gratitude de l’avoir découverte au bon moment dans ma vie. C’est une chance d’avoir pu y retourner si vite, si bien.

Un matin, je me suis réveillée avec l’envie de prendre de large et de traverser le petit bout de mer qui me séparait de l’autre particule de l’Île. Je m’étais longtemps dit que je n’irai pas cette fois-ci. Ce n’était pas prévu dans mon budget et je n’avais pas envie d’être mêlée aux couples et aux familles. J’ai sauté du lit, acheté les premiers billets en ligne et me suis rendue au port dans la foulée. Pas lavée, pas caféinée, avec un peu de n’importe quoi dans le coffre pour assurer la journée. J’ai envoyé un message à mon frère pour lui faire part de cette impulsivité, si loin du mode d’organisation qui nous a sauvé mille fois la vie et qui est mon mode d’emploi.

J’ai fait une sacrée manoeuvre dans le ferry pour caser la voiture et je suis restée sur le pont pour la traversée. D’abord parce que la vue était superbe et ensuite parce que j’évitais le mal de mer. Peut-être qu’un jour, je prendrai ma propre voiture et traverserai tous les pays jusqu’au port pour rejoindre l’Île…

J’ai poussé aux quatre coins, avec une jolie randonnée dans un paysage quasiment désertique. J’ai levé mes bras au vent. Quand le ciel est dégagé, on perçoit d’autres continents à l’horizon. C’est drôle car l’Île est située exactement entre là où j’ai vu le jour et l’île de mes ancêtres. Le juste milieu. La mer est plus agitée, plus translucide. Les lézards sont d’un vert éclatant. Les plantes grimpent vers le soleil et meurent du soleil…

Le retour sur les ombres de la ville s’illuminant à la tombée de la nuit était magnifique. Il faisait frais, presque froid mais j’étais grisée.

Je suis passée entre les gouttes des derniers jours. La pluie a fait retomber le sable et les poussières. La chaleur était moins suffocante. Je me suis fait faire trois nouveaux tatouages par une jeune artiste, soeur de la cuisinière que j’ai rencontrée lors de mon premier voyage. J’ai été submergée d’émotions en voyant le résultat final. J’ai rapporté d’autres souvenirs auxquels je n’avais pas pensé la première fois : quelques produits locaux pour les moments où le manque se fera plus intense et remuer mes sens pour mes séances de méditation. Je veux pouvoir repartir là-bas rien qu’en fermant les yeux.

J’ai découvert quelques trésors dans une petite boutique au nom énigmatique et évocateur d’un village que j’ai pris en affection. J’y ai trouvé ce que je cherchais depuis mon arrivée (et que ni la ville, ni Internet ne proposent) : un livre de photographie et d’Histoire qui raconte l’Île. C’est un livre d’occasion, un peu usé et tout à fait fascinant. Il était en vrac sur les marches au milieu d’autres bouquins en tous genres. Il m’attendait sagement.

Je suis repartie de nuit, sous un restant de pleine lune et d’orage. Dans l’avion, j’ai suivi les éclairs des yeux jusqu’à ce qu’ils disparaissent de mon champ de vision… C’était magique. Là-haut, j’ai eu une pensée hyper-solaire pour les gens que j’ai retrouvés et rencontrés. Des filles de la retraite jusqu’à cette famille qui faisait des signes au-dessus de l’autoroute auxquels j’ai répondu. Sans se connaître, on s’est tous salué et souri. Et puis et surtout ma prof de yoga dont l’infinie sagesse et douceur m’accompagnent encore aujourd’hui. Une des filles m’avait dit : "Tu l’aimes beaucoup, n’est-ce pas ? Mais est-ce que tu lui as dit à quel point ?" Non. Bien sûr que non. Mais je suis convaincue qu’elle le sait. Elle a dû ressentir quelque chose car elle m’a envoyé un message au moment où j’atterrissais…

Avant de retourner sur l’Île, j’ai lu un livre que ma colocataire de chambre avait trouvé dans la maison. Je n’en connaissais pas le titre mais elle m’avait épelé le nom de l’auteure et je savais que je reconnaîtrais le livre à la singularité de son format et de sa couverture. Quand je suis allée l’acheter, il était là, en évidence au sommet du rayon alors qu’il est sorti en 2008 et n’a plus rien d’une nouveauté. J’ai juste eu à tendre le bras et à rester scotchée devant son titre. Ce titre qui est également celui de l’album qui chante et mesure l’essence même mon cheminement. C’était troublant. Et aussi pour son emblème dont la lettre est celle du prénom de cet homme…

Cet homme qui s’éveille lentement quelque part et qui est déjà passé par là. Cet homme dont l’approche m’a été annoncée au moment où je m’apprêtais à quitter l’Île alors que tout m’appelait à rester la première fois… Cette fois-ci, je savais qu’il n’était pas là et qu’il ne serait pas là. Ce n’était pas pour cette fois-ci. Et je savais au fond de moi où il était affairé sur Terre. Ce voyage, je l’ai fait pour moi, pour être sûre de ce que j’avais ressenti la première fois. J’avais besoin d’avoir une confirmation que cet endroit n’était pas une lubie de vacances ou une destination passagère. L’ancre et les dés y sont jetés.

Pendant ce voyage en solitaire, j’ai entamé une nouvelle lecture qui a été recommandée par ma pote de fortune de voyage à notre prof de yoga lors de notre première escapade. Elle avait partagé la référence sur notre groupe de discussion et j’ai acheté tous ces livres en même temps. Je viens de l’achever. L’histoire est magnifique et j’ai très vite compris pourquoi elle le lui avait conseillé.

Et puis, page 440, son prénom sort de nulle part, avec cette orthographe si spéciale que je n’avais jamais entendu ou vu auparavant. Avant de savoir. Parmi tous les prénoms qui existent, il fallait que cela soit le sien. Il réapparait de temps en temps au fil des pages et, de la même façon qu’il revenait inexplicablement dans la bouche d’une de mes camarades, c’est toujours le même choc… Je me dis qu’avec son prénom, il pourrait facilement passer pour un gars de la région.

L’enfant de cette histoire s’appelle comme mon frère. Le fil maternel omniprésent m’a renvoyé à mes propres doutes et incertitudes sur la réalisation de ce rêve gigantesque qui est le mien. J’ai déjà imaginé un nombre incalculable de fois avoir un enfant. J’ai toujours idéalisé les grandes discussions autour du choix du prénom. A une époque, j’avais une liste de mes prénoms préférés et j’ai réalisé que le premier prénom pour un petit garçon était un petit bout du sien (et qu’il était écrit en majuscule sur un panneau publicitaire dans l’allée où je vivais). Le choix pour une petite fille est plus compliqué. Parce que je suis une fille et que j’ai dû changer de prénom pour être "validée" socialement. Il y en a un qui revient assez souvent et que j’aime beaucoup mais celui de ma prof de yoga résonne énormément depuis que je l’ai rencontré. Il est tout aussi rare. Il a quelque chose de secret, de précieux.

Et page 770, elle est là. Secrète et précieuse. J’ai lui ai envoyé un message pour lui montrer en lui indiquant que si elle ne se décidait pas à l’acheter, je serai obligée de lui apporter la prochaine fois. Et pour la juste mesure, le personnage principal tombe enceinte et lui donne son prénom. Si un jour j’ai une petite fille, je crois que je l’appellerais comme elle.

Ce livre reporte à un autre que j’avais failli acheter avant de partir. J’ai jeté mon dévolu sur un autre du même auteur mais j’ai fini par l’acheter aujourd’hui puisqu’il semblerait qu’ils se parlent entre eux et qu’ils soient tous porteurs de messages… J’ai compris plusieurs choses. Limpides.

J’ai commencé à envoyer ma candidature à quelques offres. Je me sens enfin prête à reprendre une activité professionnelle. J’espère trouver un poste et une entreprise qui feront sens mais je me sens moins exigeante qu’avant. J’ai besoin de retrouver la zone de confort d’un salaire plein. J’ai besoin de cet argent pour construire le prochain chapitre de ma vie. Maintenant que j’y vois plus clair, que j’ai un but et ce sentiment unique d’appartenance à une terre, je suis motivée à fournir les efforts nécessaires pour la revoir et tenter d’y faire des projets sur du moyen et long terme.

J’ai toujours voulu avoir une famille et faire partie d’une famille. Je veux ma famille. Je commence par les racines. J’ai cette chance inouïe de savoir d’où je veux venir.

J’ai acheté des roses.

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2021-09-25T21:51:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/Slow-Life Slow Life Je voulais écrire tous les jours. Je pensais aussi que je ferais des photos à tout va. J'ai cru que j'y arriverais mais je suis trop occupée à vivre, à habiter l'instant... Et je n'ai pas réellement besoin de témoin écrit ou photographié pour m'en souvenir. Je n'ai pas peur d'oublier. J'ai peur de passer à côté de quelque chose rien qu'en clignant des yeux ou en éternuant. J'ai l'impression de faire attention à chaque détail, comme si chaque seconde pouvait être la dernière ou le début de quelque chose qu'il ne faudrait manquer sous aucun prétexte. Il y a de Je voulais écrire tous les jours. Je pensais aussi que je ferais des photos à tout va. J’ai cru que j’y arriverais mais je suis trop occupée à vivre, à habiter l’instant… Et je n’ai pas réellement besoin de témoin écrit ou photographié pour m’en souvenir. Je n’ai pas peur d’oublier. J’ai peur de passer à côté de quelque chose rien qu’en clignant des yeux ou en éternuant. J’ai l’impression de faire attention à chaque détail, comme si chaque seconde pouvait être la dernière ou le début de quelque chose qu’il ne faudrait manquer sous aucun prétexte. Il y a de l’extraordinaire là-dedans. C’est assez étrange tout ce qui me traverse.

Contrairement à mes précédents voyages en solitaire, je ne ressens pas le besoin de trop charger mes journées ni de sortir tous les soirs. Je prends le temps de récupérer, d’observer, de marcher, d’écouter, de lire, de prier. Souvent à haute voix. Je ne programme rien, ou presque. Je vais au fil de l’eau, à l’instinct. Je n’écris et photographie que quand je sens l’inspiration et l’envie de cristalliser les choses. D’ailleurs, mon regard qui s’imprime est très différent de ce que j’ai pu faire jusqu’à présent. Plus contrasté, indompté. Je ne connaissais pas cette dimension de moi qui prend de l’élan…

Quand je sors, j’avale des kilomètres. Les noms des villes s’entourent sur la carte. J’adore rouler dans la campagne, me perdre à demi. J’aime revenir sur mes pas sans m’en rendre compte ou par un autre itinéraire. J’aime tout cet ensemble pêle-mêle, la profondeur des paysages où il ne manque rien : la montagne, la forêt et la mer. Parfois les trois en même temps. Imparfaits et dépouillés. Les terrains sont immenses. Les demeures respectent parfaitement l’intimité de chacun. Certaines ont des noms charmants et bohèmes qui donnent envie de frapper à la porte. Je ne parle pas la langue mais il me semble que je la comprends un peu plus à force de l’entendre autour de moi. Les gens d’ici sourient presque tout le temps… et ils me regardent avec curiosité.

Je n’y vois ni méchanceté ni jugement. Juste beaucoup d’intrigue car je suis seule. Je suis seule et, sans chercher volontairement à l’être (ou à ne pas l’être), je le vis très bien. La plupart des gens sont en famille, entre amis ou en couple. Et si je le sais, c’est parce que je les regarde en retour. Me poser sur les plages, randonner sur les falaises, réserver une table… Ça serait triste d’attendre d’être accompagnée pour vivre ces expériences. Autant, c’est chouette à partager ; autant, j’aime cette totale indépendance. Je ne rejette aucune option. Je peux et veux vivre les deux.

Je me suis offert mon premier petit déjeuner dans une boulangerie traditionnelle française et j’y ai acheté un peu de ravitaillement pour le lendemain. J’ai toujours eu beaucoup de mal à me faire aux cuisines locales et, où que j’aille, les basiques des assiettes françaises me manquent très vite. Je corresponds plutôt bien au stéréotype baguette/fromage/vin. Il ne me manque plus que le béret pour faire bonne mesure !

Je dois aussi écrire que je me suis lancée à la mer seule pour la première fois de ma vie. Je crois avoir déjà écrit quelque part que l’océan me fascine autant qu’il me terrifie. Et si ce n’était pas assez explicite, ça l’est à présent. J’ai toujours envié les gens qui font quelques pas dans l’eau et qui disparaissent dans un plongeon pour ressortir des mètres plus loin comme des cormorans. J’envie leur assurance et leur enthousiasme. Je sais à peine nager et la mer m’impressionnera sans doute toujours beaucoup quelle que soit son humeur. Je crois que je me souviendrai longtemps du moment où je me suis avancée vers elle. Pas rassurée mais déterminée. C’est fou ce que l’on peut arriver à faire quand on laisse derrière soi les vieilles pressions ("Allez, viens, elle est bonne ! Olala mais t’as peur de quoi ?!") et le regard des autres. Je suis assez fière de moi. En bikini et dans l’eau. J’y suis retournée une seconde fois et j’ai réessayé aujourd’hui mais elle était trop froide. J’aimerais nager nue avant la fin de mon séjour. Je m’en fais une idée libératrice.

Lors de mon dernier écrit, je me suis rappelée bien plus tard que j’avais omis d’écrire quelque chose au sujet de mon sommeil ici. Les premiers jours ont été marqués par des cauchemars saisissants. Celui dont je me souviens le mieux est celui où un bourreau s’approchait de moi avec une torche et mettait le feu à mes cheveux. Toute ma tête brûlait vive. Le reste de mon corps était indemne. Et sans transition aucune, j’ai aussi eu un rêve sans consistance d’un acteur britannique assez populaire outre-atlantique. Je ne l’ai pas rencontré mais j’ai appris qu’il était sur l’Île à mon réveil… Et puis il y a ces nombres, ces chants et ce nom qui n’ont cessé de revenir. Je ne sais jamais si c’est pour me bénir ou me hanter. Ni même si ces messages sont bien pour moi. Peut-être que comprendre ne me regarde pas.

Je suis mon coeur.

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2021-09-17T21:30:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/Brave Brave J'y suis. Et j'y suis bien. Il fait une chaleur torride dans cet appartement alors je profite du vent chaud de la campagne au dehors. La chienne des propriétaires est allongée sur le côté et me jette des regards langoureux pour de nouvelles caresses. Mon linge sèche sur la terrasse. Les poules sont au potager. Je respire l'Île. Au volant de ma voiture de location, je me suis fait la remarque à quel point les choses s'étaient parfaitement synchronisées pour me permettre de vivre cette expérience dans de bonnes conditions. Je me sens en paix, comme si le temps n'existait pas. Ou du J’y suis. Et j’y suis bien. Il fait une chaleur torride dans cet appartement alors je profite du vent chaud de la campagne au dehors. La chienne des propriétaires est allongée sur le côté et me jette des regards langoureux pour de nouvelles caresses. Mon linge sèche sur la terrasse. Les poules sont au potager. Je respire l’Île.

Au volant de ma voiture de location, je me suis fait la remarque à quel point les choses s’étaient parfaitement synchronisées pour me permettre de vivre cette expérience dans de bonnes conditions. Je me sens en paix, comme si le temps n’existait pas. Ou du moins, comme si il ne rentrait plus en compte dans cette parenthèse de ma vie - si il s’agit bien d’une parenthèse.

Je veux vivre et habiter ce calme intérieur jusqu’à la fin de tout. Je n’ai aucune habitude ici. Je ne connais personne et ne parle pas un mot de la langue. Bien sûr, ça s’apprend et je ne suis pas plus seule ici que je le suis en France. Je n’ai même pas peur de conduire (une voiture et des routes qui ne me sont pas familières). Je ne suis pas sur le qui-vive. J’accueille la vie dans une douceur que je ne connaissais pas… Le pourquoi ici et pas ailleurs reste entier.

La première courte partie de mon séjour s’est achevée. Quelques jours de retraite à pratiquer du yoga matin et soir dans un sublime cocon, entre pins et terre de sienne. La majorité des participantes venait d’Angleterre et d’Ecosse. Nos échanges ont parfois atteint un niveau très instructif voire réparateur. Leur regard d’inconnues plein de bon sens et de bienveillance sur mon parcours a été comme un baume. L’une d’entre elle m’a dit que j’étais courageuse et je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. On n’avait jamais dit ça de moi et je ne pense pas l’être (du moins, pas dans le sens que je donne à ce mot). Elle m’a expliqué et cela a fait immerger de nouvelles perspectives depuis ce que j’ai pu raconter. Parce que je me sentais assez bien pour m’ouvrir. Pas dans le sens "épanchée" mais je me suis racontée très simplement.

Je réalise à quel point je suis loin d’être la fille difficile à vivre que mes parents ont pu décrire autour d’eux. Je cohabite très bien quand les limites de chacun sont respectées. Je réalise que je suis acceptable et peut-être même aimable. En tous les cas, je me suis sentie acceptée et aimée par ces mots et l’énergie de cette terre. Je réalise qu’en sachant être et faire seule ; être et faire pour moi, je suis apte à connaître l’amour et à partager ma vie. En France ou ailleurs. Surtout ailleurs et ici.

Il y avait une autre française dans le groupe. Elle n’était jamais bien loin de moi. Je ne ressentais aucune affinité pour elle mais elle avait besoin de moi pour se sentir intégrée dans une langue qu’elle ne maitrise pas. Je n’ai pas à donner d’avis sur ce qu’elle traverse en ce moment. Ça lui appartient et j’espère qu’elle trouvera en elle les ressources dont elle a besoin pour faire ce qu’elle estime avoir à faire.

Allongées sur nos transats avant de la déposer à l’aéroport, je l’ai longuement écouté juger les quelques expériences que j’ai partagées au sein du groupe. Selon elle, je devrais me méfier de ma "gentillesse". C’est en étant ce que je suis que je me retrouve trompée et désabusée par les autres. Elle a illustré ses propos en reprenant ma lointaine dernière expérience amoureuse en exemple (alors qu’elle n’arrive pas à statuer sur la sienne). Elle a jugé mon hygiène de vie et mon mode de consommation tout en désaccordant son discours en avouant qu’elle aimerait être "plus comme moi". J’émets la probabilité qu’elle s’est honorée la gloire de m’inculquer ce qui est "bien" de ce qui n’est "pas bien".

Je réalise à quel point je n’ai plus la volonté de me battre contre les idées reçues des experts du dimanche. Je réalise qu’on peut être amateur de yoga, d’huiles essentielles et d’un tas d’autres choses, et avoir l’ouverture d’esprit d’un petit pois. Je réalise que la gentillesse est importante et bienfaisante. Je réalise que je ne m’arrêterai jamais de l’être tant que cela aura du sens pour moi. Je réalise qu’on ne l’a pas si souvent été à mon égard et que ce n’est pas grave puisque je sais. Je réalise que je dois apprendre à l’être davantage avec moi-même.

J’ai retrouvé "ma" prof de yoga rencontrée lors de mon premier séjour. J’aime cette femme. Ma régularité dans ma pratique d’une activité physique m’a permis d’arriver à faire des postures que je n’arrivais pas (ou pas très bien) avant. Ma peur d’avoir "la tête en bas" s’estompe peu à peu. J’espère que j’aurai passé ce cap quand nous nous reverrons. Parce que nous nous reverrons. Je ne sais pas quand ni comment mais c’est une certitude. Je lui ai offert un livre de l’auteure dont nous avions discuté avant de nous quitter. C’était très important pour moi de le lui donner en main propre. Je crois que ça lui a vraiment fait plaisir. J’ai aussi eu quelques cours avec une autre prof. Sa façon dynamique et détaillée d’aborder la conscience du corps est très complémentaire à ma recherche de bien-être à travers cette discipline.

Mon frère a passé sa soutenance de fin d’études. Je suis très fière de lui et de sa réussite. J’ai profité de l’avoir au téléphone pour lui dire que je n’étais pas à la maison. Il m’a dit répondu : "Mais qu’est-ce que tu es allée foutre sur l’Île ?!"

Je n’en suis pas sûre moi-même alors, dans le doute, je suis mon coeur.

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2021-09-14T14:39:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/Nous-partons-tous Nous partons tous C'est tout de même étrange de lire et commenter un article de blog parlant de la mort du chien de l'administratrice le matin même et d'être confrontée à cette situation quelques heures plus tard... J'aimerais avoir ce genre de bande-annonce pour des évènements heureux. Le chagrin provoqué par le décès de ma chienne m'a poussé à faire des recherches sur l'organisation de mes propres obsèques. Je ne sais plus comment je me suis engagée dans cette voie un peu glauque mais j'avais besoin de savoir combien je pourrais coûter aux gens qui resteront et passeront derrière moi. Je ne C’est tout de même étrange de lire et commenter un article de blog parlant de la mort du chien de l’administratrice le matin même et d’être confrontée à cette situation quelques heures plus tard… J’aimerais avoir ce genre de bande-annonce pour des évènements heureux.

Le chagrin provoqué par le décès de ma chienne m’a poussé à faire des recherches sur l’organisation de mes propres obsèques. Je ne sais plus comment je me suis engagée dans cette voie un peu glauque mais j’avais besoin de savoir combien je pourrais coûter aux gens qui resteront et passeront derrière moi. Je ne veux pas être un poids dans la vie et je ne veux pas l’être après. Alors quand cela arrivera, je veux disparaitre pour de bon. Je veux être réduite en poussière. Et je vais m’en assurer.

La bougie que j’ai allumé pour ma prière du soir et pour elle est restée allumée (ou s’est ravivée) toute la nuit. Je suis sûre et certaine de l’avoir soufflé avant de me coucher. Il s’est passé d’autres choses aussi, de tout aussi surprenant voire surnaturel…

C’est tellement paradoxal comme cette confrontation à la mort décuple aussi mon envie de vivre et de créer…

Tous mes proches s’apprêtent à quitter leurs nids en même temps que moi. Et je les aurais tous vu avant de partir. Mon père va rendre visite à ses parents. Ma mère et son mari vont dans leur maison en Espagne. Mon frère prend quelques jours de vacances avec sa copine. Il a glissé au déjeuner que ce voyage ne pouvait se faire que sous le prétexte de l’organisation de leur futur mariage…

J’ai encore un peu de mal à me faire à cette idée, à ces mots dans sa bouche. Les réflexions que je me fais se balancent entre mes idées autour de la précision que j’ai de cet engagement et le fait qu’il continue à mieux construire sa vie que moi… Moi qui n’ai jamais su aimer correctement ; moi qui n’ai jamais été aimée.

On dira ce que l’on voudra mais nous partons tous chercher, explorer quelque chose que nous n’avons pas ici…

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2021-09-05T20:46:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/Caramel Caramel Ma deuxième chienne s'en est allée hier soir. 14 ans, mon p'tit chat. Mon frère a appelé et, dans sa voix, je savais déjà et je ne voulais pas. Il n'a rien dit quand il est venu me chercher au garage. C'est quand il a mis la clé dans la serrure et que je ne t'ai pas entendu aboyer que j'ai compris. Je n'ai pas roulé assez vite pour arriver avant que tu t'éteignes. Au fond de moi, je sais que tu attendais qu'il rentre du Sud pour partir dans ses bras, brave fille. Être son ombre une dernière fois. J'ai un énorme trou dans ma poitrine. Des larmes de sauvage par vagues. Des yeux Ma deuxième chienne s’en est allée hier soir. 14 ans, mon p’tit chat.

Mon frère a appelé et, dans sa voix, je savais déjà et je ne voulais pas. Il n’a rien dit quand il est venu me chercher au garage.

C’est quand il a mis la clé dans la serrure et que je ne t’ai pas entendu aboyer que j’ai compris. Je n’ai pas roulé assez vite pour arriver avant que tu t’éteignes. Au fond de moi, je sais que tu attendais qu’il rentre du Sud pour partir dans ses bras, brave fille. Être son ombre une dernière fois.

J’ai un énorme trou dans ma poitrine. Des larmes de sauvage par vagues. Des yeux brûlés. Un cauchemar de toi ce matin, prenant appui sur le mur côté fenêtres, à renifler l’air du dehors qui dégage les longs poils de tes yeux. Tes yeux curieux, rieurs, pleins de malice. Et puis tu prends de l’élan et tu sautes. Tu t’envoles. Du haut de la tour, je vois ton corps tout en bas, sur le flanc dans l’herbe tendre. Tu dors les yeux ouverts. Tes yeux comme deux billes noires, et fixes, et vides, qui ne regardent rien et qu’on ne peut pas fermer. L’immobilité ne te ressemble pas. Ton absence laisse une solitude si froide.

Je veux ta joie de vivre et cette façon de t’essouffler parce qu’on est tous là, dans la même pièce ou à faire bouger anormalement les portes et que tu veux tous nous aimer tout feu tout flamme très vite et en même temps. En vérité, je n’ai pas compris comment tu as pu vieillir en ayant autant le diable au corps. Je veux ta tête sur mes pieds et une de tes longues pattes d’araignée sur la cuisse voisine. On ne part pas. On ne bouge pas sans que tu saches où et pour quoi faire de mieux. Je veux tes courses folles, tes poils Polnareff, tes cambrures de félin et tes balles de tennis quand tu veux jouer à 3 heures du matin. Et ton amour fidèle et fort.

Je t’ai vu arriver au monde, ma p’tite. Tu tenais dans le creux de ma main, Chouchou. Je crois que tu as eu une belle vie mais tu vas me manquer. Terriblement. J’aurais voulu être une meilleure compagne. Là, j’ai besoin de laisser libre cours à mon chagrin mais je ne suis pas inquiète. Tu es partie quand tu l’as décidé, en bonne santé et sans souffrir. Tu n’avais juste plus de vie comme on n’a plus de pile. Alors repose-toi. Et mon coeur sait où tu es même si, vue d’ici, ça me parait loin.

J’apprends à vivre et à aimer comme toi et après, promis, j’apporte les croquettes et on r’met ça. Embrasse ta mère pour moi.

Je t’aime.

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2021-08-30T13:52:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/Ne-le-dis-a-personne Ne le dis à personne Il parait que toutes les guérisons de l'âme sont précédées de phase d'inconfort pour pouvoir aller de l'avant. Je crois que je suis vraiment dans cette période. Parce que je n'ai aucune raison tangible de me sentir aussi "basse" depuis mon retour sur le continent. Tantôt je suis pleine d'optimisme, de foi et de gratitude ; tantôt je suis rongée par les doutes et les remises en question. Ces changements d'humeur sont très pénibles mais je sais que ça ne durera pas. Au fond de moi, je sais que tout ira bien. C'est juste une période de tests (pas forcément mauvais, juste Il parait que toutes les guérisons de l’âme sont précédées de phase d’inconfort pour pouvoir aller de l’avant. Je crois que je suis vraiment dans cette période. Parce que je n’ai aucune raison tangible de me sentir aussi "basse" depuis mon retour sur le continent.

Tantôt je suis pleine d’optimisme, de foi et de gratitude ; tantôt je suis rongée par les doutes et les remises en question. Ces changements d’humeur sont très pénibles mais je sais que ça ne durera pas. Au fond de moi, je sais que tout ira bien. C’est juste une période de tests (pas forcément mauvais, juste déstabilisants) à passer pour m’emmener vers le prochain chapitre de ma vie. Et en attendant d’en découvrir les premières pages, je fais mon maximum pour me préserver et éloigner le bouton "auto-destruction" loin de moi.

Alors je lis et j’écris. Je n’ai pas envie d’en parler mais l’écrire, oui. Cette petite action, cette façon de me "parler à moi-même" m’ancre vers la suite. Ça me rassure de ne pas être figée au point d’être bloquée.

J’ai franchi le pas pour retourner sur l’Île. Seule. J’avais hésité à l’écrire franchement dans mon dernier écrit mais à quoi bon. Personne n’est au courant de ce projet et je n’ai pas l’intention d’en parler à qui que ce soit de vive voix. Ni maintenant ni jamais.

A défaut d’y rester, y retourner rapidement était une évidence. J’ai compris le message. J’y serai bien retournée plus tôt si les prix d’hébergement en pleine saison n’étaient pas aussi chers et exclusivement en hôtel. Avec le recul, je ne sais pas combien de temps j’aurais pu tenir sur place avant d’être dans le rouge… Rentrer à la maison était le meilleur moyen d’y réfléchir et de m’organiser. Ma décision était prise le soir même de mon retour en France mais j’avais besoin de perspective pour avancer et planifier un nouveau voyage "hors budget".

J’ai repensé à cette destination de 2019 où je m’étais également sentie arrachée. Le contraste était moins prononcé qu’aujourd’hui. Je n’ai pas eu ce sentiment d’appartenance indéfectible que j’ai aujourd’hui mais j’y pense encore souvent avec beaucoup de nostalgie. C’est un inachevé que je devrais tôt ou tard terminer. Je me suis renseignée mais les frontières restent fermées…

Mon premier voyage sur l’Île a été organisé par une agence spécialisée. Cette fois-ci, je ne rejoins pas de groupe d’inconnus. Enfin, je me comprends car les choses ne se passent déjà pas comme prévues…

Mon calendrier s’est basé sur mes quelques engagements et la disponibilité des vols en corrélation avec celui des deux locations que j’avais repérées. Mes billets réservés, j’ai choisi un petit appartement dans un endroit calme et un peu isolé. Je n’avais pas envie d’hôtel ni d’endroit trop animé. Je veux me sentir en sécurité, près de la nature et parfaitement libre. Les prix sont un peu moins violents sur la fin de l’été et sur des vols en semaine moins influents. Pour les mêmes conséquences financières, je peux rester m’imprégner plus longtemps. C’est comme une deuxième retraite en solitaire.

Et puis, le lendemain, nous avons reçu un message sur le groupe encore actif de la prestataire qui assurait les cours de yoga. Un petit rappel où elle nous demandait de ne pas l’oublier et de laisser un avis sur notre expérience. Je me suis égarée sur son site personnel pour retrouver le lien et, de fil en aiguille, j’ai découvert qu’elle encadrait une autre retraite indépendante exactement entre la fin des engagements qui me retiennent en France et mon premier jour de location sur l’Île… C’était tellement bizarre et, en même temps, une très belle invitation.

Mes pas m’ont conduit à vérifier si il restait de la place et la suite s’est enchainée. J’ai confirmé ma participation, modifié mes vols et ma location (pour compenser la durée et le coût) sans le moindre obstacle ni concession supplémentaire.

Donc, d’une certaine façon, je vais tout de même rejoindre un groupe pour quelques jours. Apparement, je suis la seule française du lot. J’espère que mon niveau d’anglais sera suffisant pour me faire comprendre. Cette fois-ci, en dehors des heures de pratique, je serai totalement indépendante.

Vraiment, tout ira bien.

Le dernier carton de déménagement a trouvé le chemin des bacs de recyclage. J’ai fait un tri énorme dans les documents que j’ai rangés. J’ai eu si peu de temps entre le moment où on m’a annoncé que l’on m’attribuait un nouvel appartement et le déménagement que j’ai tout empaqueté sans chercher à épurer. J’avais le temps de bien faire alors j’ai fait une pile de papiers à détruire… Et le passé appartient au passé.

Peu avant de me réveiller, j’ai rêvé être à la caisse d’un supermarché. Indécise, je demandais à essayer plusieurs articles alors que je savais que je n’avais pas l’intention d’acheter quoique ce soit. A côté de moi, s’entassaient en désordre tous les articles que je ne voulais pas puis tous ceux que les autres clients abandonnaient. A la caisse, une femme s’est collée à moi pour me parler dans une langue étrangère. Je lui ai dit que je ne la comprenais pas. Elle m’a poussé vers l’avant avec son caddie. J’ai manqué de tomber à la renverse et elle n’arrêtait pas de me dire à quelques centimètres de mon visage d’un air très agressif : "Que dira-t-on quand on apprendra que tu n’es pas rentrée au pays ? Qu’est-ce que l’on pensera de toi hein ?"

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2021-08-19T18:02:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/Sahasrara Sahasrara J'essaie de retrouver la forme, de stimuler ma santé physique et mentale. Je vais à la salle de sport presque tous les matins et je cours. Je me bats de l'intérieur jusqu'à l'épuisement. Je vois mon rythme cardiaque s'envoler. Mes genoux me font mal. Le sel de ma transpiration m'aveugle. C'est comme si je criais en silence. De loin, on dirait juste une grosse qui se dépasse. Normal. Je m'enferme quelques minutes dans la salle. Je fais du power yoga en repensant à tout ce que j'ai appris lors de ma retraite, en repensant au soleil brulant, à la lune derrière les tentures du matin et J’essaie de retrouver la forme, de stimuler ma santé physique et mentale. Je vais à la salle de sport presque tous les matins et je cours. Je me bats de l’intérieur jusqu’à l’épuisement. Je vois mon rythme cardiaque s’envoler. Mes genoux me font mal. Le sel de ma transpiration m’aveugle. C’est comme si je criais en silence. De loin, on dirait juste une grosse qui se dépasse. Normal.

Je m’enferme quelques minutes dans la salle. Je fais du power yoga en repensant à tout ce que j’ai appris lors de ma retraite, en repensant au soleil brulant, à la lune derrière les tentures du matin et pleine sur l’océan de minuit… Je jurerais que je respire différemment depuis. Et j’ai juré de continuer à pratiquer jusqu’à ce que ces enchainements se teintent de fluidité et de grâce. Je veux maîtriser. Je peux le faire.

L’autre jour, j’ai craqué. J’ai explosé en larmes à la dernière salutation et j’ai eu tout le mal du monde à me reprendre. Mes chevilles se dérobaient sous un poids qui n’était pas le mien. Et le Ciel, que je touchais de tout mon être, que je buvais par tous mes chakras, m’a pété à la gueule. Une seconde d’inattention et le verre se fêle.

Mon père est passé à la maison et a ouvert de grands yeux sur mon avancée dans l’aménagement de l’appartement. Il n’arrive pas à se détacher de son idée que, puisque je ne sais pas faire de trou dans les murs (et quels murs !), je ne sais rien faire. Je ne sais pas tout faire mais je suis tout à fait apte à apprendre. Je suis même de nature très volontaire et persévérante mais je dois être la seule à le savoir.

Les rideaux sont raccourcis et posés dans chaque pièce. Tout ce que j’ai imaginé pendant des années se concrétise dans la décoration de ma nouvelle maison. Je m’investis beaucoup et, si j’ai la satisfaction de me trouver douée dans cette discipline, je n’ai pas la certitude de le faire pour les bonnes raisons. Des raisons saines. Les cartons se vident progressivement. J’ai tellement peur de ce que je vais devenir lorsqu’ils seront vides et que je n’aurais plus matière à me concentrer dessus…

Me perdre dans mes pensées, c’est me perdre dans des illusions. Je n’arrive pas à me pardonner alors je blinde mes journées pour ne pas avoir à culpabiliser d’être cette créature utopiste que je trouve de plus en plus stupide. Les rêves et leur magie ne sont peut-être que pour les autres. Je me fais pitié de croire que les miens peuvent se réaliser. Plus j’y crois et plus ils semblent s’éloigner du possible. Est-ce que je rêve mal ou est-ce plus grave ?

J’ai fait un cauchemar où mon ancien voisin m’avait retrouvé et venait me terroriser…

Ma mère m’a appelé. Elle devient tellement hypocondriaque qu’elle passe le plus clair de son temps à se plaindre de pathologies dans des cabinets de spécialistes qui lui font passer des batteries d’examens inutiles et se remplissent les poches au passage. Evidemment, les résultats ne révèlent rien si ce n’est une sédentarité accentuée. Elle s’ennuie. A ce rythme-là, elle finira par tomber réellement malade et plus personne ne la croira…

Et quand, enfin, elle finit de parler d’elle, elle prend de mes nouvelles. Je ne sais pas pourquoi je suis allée lui dire que j’irai consulter à mon tour à la rentrée car les plaques d’eczéma qui récidivent exclusivement sur mon sein droit depuis mars ne sont peut-être pas de l’eczéma mais pourraient être la maladie de Paget. Les traitements cutanés ne sont pas efficaces. Je ne panique pas mais j’aimerais être fixée. Mon dernier traitement contre l’adénomyose pouvait provoquer des méningiomes ou le cancer du sein donc le risque zéro n’est pas écarté. C’est d’ailleurs parce que ce traitement impliquaient trop de risques que j’ai tout arrêté. Il y a eu un silence et puis elle m’a assassiné d’un lasse : "Rien ne sert de paniquer avant d’avoir vu un médecin !". Elle qui détient le record d’arrêts de travail bidons et creuse à elle seule un canyon à la sécurité sociale… Je me suis sentie jugée de toute sa mauvaise foi. J’ai préféré ne rien lui dire de mon petit passage à vide…

Je lui avais proposé de venir à la soirée de clôture de mon exposition. Tout comme mon frère (qui a la bonne excuse d’être encore dans le Sud), elle m’avait dit qu’elle ne serait pas disponible car elle voulait voyager. Comme si elle ne pouvait pas y jeter un oeil avant. Maintenant qu’elle a la confirmation que les frontières resteront fermées, elle se rappelle vaguement de ma proposition. Je lui avais indiqué les dates et transmis toutes les coordonnées. Elle n’a rien conservé.

Mes photos sont bien en évidence aux studios et y resteront tout l’été. C’est un accomplissement personnel qui me fait chaud au coeur. C’est une belle expérience dans mon parcours. Je n’ai pas besoin qu’elles soient vues par des gens qui en ont rien à foutre.

Elle m’a aussi demandé si j’avais "fini de bouger". Je lui ai répondu : "Pour le moment." Je n’ai pas la force mentale de tout lui dire ni de lui mentir. Je reste floue puisque, de toute façon, elle néglige et oublie tout ce qui ne la concerne pas. Je n’ai pas envie de mêler qui que ce soit de la vie que je mène ici à mes projets…

Ma peau se plaisait aussi là-bas. J’ai bronzé jusqu’à retrouver la couleur avec laquelle je suis née… Cette île m’a rendu ma première identité.

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2021-08-16T21:06:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/Last-call Last call Je suis revenue. Je n'ai pas l'histoire que j'ai secrètement nourrie à raconter... J'essaie de ne pas m'en vouloir mais... à quoi bon. J'suis qu'une conne !! Je crois à mes histoires comme une enfant. Je me berce de mes propres conneries et, évidemment, je me sens blessée de ne pas voir mes idéaux se réaliser. Si on peut parler d'idéal... Fuck this shit! La seule chose qui résonne encore très fort en moi est ce départ presque manqué d'une île à l'autre. Si je ne m'étais pas levée pour vérifier, l'avion serait parti sans nous. Nos bagages auraient été débarqués. Je suis revenue.

Je n’ai pas l’histoire que j’ai secrètement nourrie à raconter… J’essaie de ne pas m’en vouloir mais… à quoi bon. J’suis qu’une conne ! ! Je crois à mes histoires comme une enfant. Je me berce de mes propres conneries et, évidemment, je me sens blessée de ne pas voir mes idéaux se réaliser. Si on peut parler d’idéal… Fuck this shit !

La seule chose qui résonne encore très fort en moi est ce départ presque manqué d’une île à l’autre. Si je ne m’étais pas levée pour vérifier, l’avion serait parti sans nous. Nos bagages auraient été débarqués. Indépendamment des attentes ou croyances que j’avais avant mon départ, de la compagnie mitigée de la première semaine écoulée, de l’experience unique de cette retraite, je n’aurais pas cherché à être ailleurs. D’une façon ou d’une autre, je serais restée. J’aurais modifié mon voyage et aurais renoncé à ma seconde destination. Ma pote serait partie mais je ne l’aurais pas suivi.

J’ai eu un authentique coup de coeur pour cet endroit et y retourner est une pensée constante, presque obsessionnelle depuis que j’en suis partie. Je n’arrive pas à me l’expliquer…

Nous aurions dû rester. J’en suis convaincue.

Une hôtesse furieuse nous attendait à la porte d’embarquement. Arrivées avec 3 heures d’avance pour finalement être en retard, quelle ironie… Nous aurions pu nous épargner la course sur le tarmac, de passer devant tous les regards haineux des passagers. J’étais désolée et honteuse. Moi qui suis toujours si ponctuelle, qui fait toujours tout bien comme il faut… C’est la deuxième fois de ma vie que je perds la notion du temps et suis arrachée à un lieu où je me sens appartenir.

Je n’ai pas aimé le second groupe de voyage (dont plus de la moitié était d’une superficialité affligeante) et je n’ai pas accroché avec ce que j’ai vu du pays. Ce n’était pas intéressant. La nourriture était insipide. Dans mon indifférence, j’ai oublié (voire jeté ?) les cadeaux que j’avais achetés chez un artisan bijoutier. J’ai même oublié la bague que l’on m’a offerte à mon anniversaire sur le rebord du lavabo. Cette négligence me chiffonne car c’était une gentille attention. Je n’ai plus aucun doute sur le fait que je n’étais pas amenée à avoir le moindre souvenir.

Et puis, j’ai commencé à avoir mal au ventre dès le moment où nous nous sommes envolées. Au départ, je pensais que mes règles y étaient pour quelque chose. J’ai même craint de faire une crise d’adénomyose. Mon cycle a pris fin mais ces maux ne m’ont pas quitté depuis, même en rentrant chez moi… J’avais prévu une extension pour finir la semaine sur place mais j’ai finalement préféré annuler l’hôtel et avancer mon retour. Ma pote m’en a un peu voulu de ne pas rester (elle n’était pas seule heureusement) mais elle a aussi remarqué que je n’étais pas là, avec elles, pendant ces quelques jours. Elle ne m’en a pas reparlé mais je crois qu’elle savait où j’étais. Où j’étais restée.

J’ai tout de même apprécié notre journée à la plage. La première où nous nous sommes autorisées à dire merde au poulailler, à prendre une journée sans activité, sans parasite. On a loué des chaises longues et un parasol. Je me suis achetée un paréo pour la forme et j’ai enfilé un des bikinis neufs que je n’osais pas porter. J’ai réussi à appréhender ma peur de la mer et à m’immerger timidement jusqu’aux épaules. J’envie tellement les gens qui y plongent sans crainte et avec délectation.

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2021-08-11T21:48:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/En-soute En soute Je suis à la veille d'un départ que je crois important pour moi. Et je suis angoissée, mentalement agitée, comme si mon corps avait compris que quelque chose de plus grand que moi et d'incontrôlable est en train de se préparer. Je veux l'écrire ici car j'ai besoin de déposer ce "poids" quelque part et je n'arrive pas à me diriger vers mon journal papier. Bordeldebordel. Mais je ne renoncerai pas. Je ne renonce plus à la vie. Mon égo a peur que cela arrive (et ne pas savoir quoi faire de bien). J'ai peur que cela n'arrive pas (et ne pas savoir quoi faire de plus). Et si je me Je suis à la veille d’un départ que je crois important pour moi. Et je suis angoissée, mentalement agitée, comme si mon corps avait compris que quelque chose de plus grand que moi et d’incontrôlable est en train de se préparer. Je veux l’écrire ici car j’ai besoin de déposer ce "poids" quelque part et je n’arrive pas à me diriger vers mon journal papier. Bordeldebordel.

Mais je ne renoncerai pas. Je ne renonce plus à la vie.

Mon égo a peur que cela arrive (et ne pas savoir quoi faire de bien). J’ai peur que cela n’arrive pas (et ne pas savoir quoi faire de plus). Et si je me trompais ? Et si j’avais raison ? Et si il n’y avait rien à chercher, rien à trouver ? Et si tout commençait là-bas ?

Je ne suis pas faite pour être dans l’entre-deux. Les dernières semaines m’avaient donné un tempo effréné. J’ai l’impression que c’était un avant-goût…

Il se peut que je revienne sans histoire à raconter. Quoiqu’il arrive, je ne devrai pas m’en vouloir d’y avoir cru, d’avoir cru. Je ne devrai pas m’en vouloir de m’être trompée. Je prie pour que ma foi en ressorte intacte. Pour le moment, j’essaie d’apaiser mes doutes sur ces incertitudes (écrire me fait déjà du bien) pour partir le coeur léger, prêt à accueillir ce qu’il y a à vivre.

La valise est ouverte sur le lit. Je ne sais pas si elle respecte le poids autorisé. Je ne sais pas pourquoi je l’ai rempli comme si je partais pour toujours alors que je m’absente que quelques jours. J’ai laissé faire…

Mon ancien collègue est revenu à la charge pour m’annoncer qu’il partageait son bureau avec de nouvelles têtes, que ma présence féminine manquait et finir sur une proposition de restaurant dès qu’il sera vacciné. Le fait que j’entende parler de ce restaurant depuis le mois d’avril m’a lassé. Je n’ai plus la patience pour ce genre de connerie. Et puis, c’est comme si il appartenait à une autre partie de ma vie, à quelque chose qui n’a plus sa place dans mon présent et qui n’en a pas dans mon futur.

Mon père est passé pour avancer sur le chantier qu’il a commencé dans mon salon. Cela fait plus d’un mois maintenant et je vis encore dans les cartons. Je ne peux pas m’installer tant qu’il n’a pas fini ce qu’il a commencé. J’étais très enthousiaste et reconnaissante de ce qu’il a fait pour moi au moment du déménagement et maintenant, j’ai l’impression de comprendre ce qui se trame. En laissant le salon en vrac, en gardant avec lui le matériel qui me permettrait d’avancer seule, en espaçant ses visites, il me rend dépendante de lui et je déteste ça.

J’ai réussi à finaliser le papier peint du salon et je suis bien avancée sur celui de la chambre. Il me reste le mur de la cuisine à faire. En regardant mon travail, il a reconnu que j’avais bon goût et envisage même de "prendre mes idées" pour chez lui. J’ai toujours été douée pour décorer les pièces et aménager les espaces. Cela serait d’ailleurs mon métier si il ne s’y était pas opposé. Mais, pour la juste mesure, il n’a pas pu s’empêcher d’équilibrer la donne en faisant des petites remarques qui commencent toutes par : "Je ne juge pas hein..." et "Je ne veux pas t’influencer hein..." Pourquoi les gens annoncent-ils toujours par la négative ce qu’ils sont précisément sur le point de faire ? Il s’est étonné que je sois capable de poser le papier peint droit, répète que mes outils sont nuls… Il a complètement oublié qu’il était chez moi.

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2021-07-22T21:01:16+02:00
https://bulle.journalintime.com/1850 1850 J'ai pris mon courage à deux mains et j'ai déballé mes premiers rouleaux de papier peint. J'en n'avais jamais posé avant alors j'ai suivi un tutoriel sur YouTube. Et franchement, heureusement que ce genre de vidéo existe pour les novices comme moi. Que ça soit en cuisine ou en bricolage, je leur dois une partie de mes petites victoires (et sans doute des heures en moins de galère) ! Le voilà posé bien proprement sur tout un mur du salon. Je rentre et ce nouveau décor, que j'ai imaginé pendant tant d'années, rentre dans mon champ de vision. Ça me fait sourire. J'ai hâte de voir J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai déballé mes premiers rouleaux de papier peint. J’en n’avais jamais posé avant alors j’ai suivi un tutoriel sur YouTube. Et franchement, heureusement que ce genre de vidéo existe pour les novices comme moi. Que ça soit en cuisine ou en bricolage, je leur dois une partie de mes petites victoires (et sans doute des heures en moins de galère) ! Le voilà posé bien proprement sur tout un mur du salon. Je rentre et ce nouveau décor, que j’ai imaginé pendant tant d’années, rentre dans mon champ de vision. Ça me fait sourire. J’ai hâte de voir le résultat avec les bibliothèques et les livres.

Il y a quelques jours, j’ai découvert la montagne aussi. Quelle beauté. Je ne sais pas pourquoi les gens sont surpris quand je leur dis que je n’avais jamais mis les pieds dans une station de ski. Je n’ai d’ailleurs jamais fait de ski. Vu l’état de mes chevilles, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose. Ça ne m’attire simplement pas. Dans la famille, on s’oriente davantage naturellement vers les destinations en bord de mer, qu’il y fasse chaud ou non. La montagne, c’était neuf et majestueux mais je ne suis pas sûre de vouloir y retourner. Les randonnées étaient plus difficiles que prévues et les méthodes des encadrants du séjour m’ont laissé perplexe. J’ai adoré y aller en voiture et je ne changerai pour rien au monde les moments passés avec notre groupe de copines. Je me suis rarement autant sentie à ma place en étant totalement moi-même et en confiance.

Cette aventure exceptionnelle m’a rapproché d’une fille en particulier. Il s’est passé quelque chose de très fort pendant ces quelques jours. Une sorte de belle énergie dans sa vision de la vie, d’accueillir les choses sans les juger, de les apprécier, de prendre soin d’elle et de prendre soin des autres. Ses petites attentions m’ont beaucoup touché et m’ont fait chaud au coeur. J’ai l’impression que cela faisait des années lumière qu’on n’avait pas été si gentil avec moi sans attendre quelque chose en retour. J’espère la revoir et peut-être voyager avec elle.

Elle m’a recommandé quelques livres et des comptes à suivre par centre d’intérêt. Grâce à elle, je suis rentrée en contact avec deux jeunes femmes qui ont mis l’endométriose au coeur de leurs métiers et qui vivent avec la maladie (et non contre elle). L’occasion m’est donnée de les rencontrer à la rentrée… Et ainsi se tisse l’ère d’une vie sociale en voie d’expansion. Que j’appréhende et que je savoure en même temps.

Les détails de l’exposition ont été arrangés. En arrivant plus tôt à un de mes cours, j’ai rencontré la directrice artistique qui en gère l’organisation. J’étais un peu intimidée par l’importance de son statut de décisionnaire mais je me suis lancée dans la discussion. Nous avons regardé les photos que j’avais pré-sélectionnées dans l’idée d’en choisir deux. L’idée d’un débat s’est très vite dissipé quand elle m’a dit que toutes mes photos -- à l’exception d’une réalisée au cours d’un exercice où la mise au point n’est pas parfaitement juste -- étaient bonnes. Puis elle s’est penchée sur celles que j’avais secrètement positionnées en favorites pour l’exposition et les a validées. Quel bonheur et soulagement ! Je vais essayer de passer au studio la semaine prochaine pour voir le rendu avec celui de mes camarades. Notre travail y sera exposé jusqu’à la mi-septembre.

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2021-07-17T22:39:04+02:00
https://bulle.journalintime.com/Strawberry-SuperMoon Strawberry SuperMoon Je n'ai jamais été aussi exténuée de ma vie. Pourtant, j'ai eu mon lot d'épisodes de baisse de régime mais je crois ne jamais avoir été aussi fatiguée dans la durée. J'ai l'impression que je serais capable de m'endormir n'importe où et n'importe quand. Je suppose qu'un matin, je me réveillerai et je serai à nouveau en pleine forme. Il en va de même pour l'appétit. Je pourrais manger un éléphant que j'aurais à nouveau faim dans une heure... Tant de changements, d'amorces de nouveaux départs ! Mon père est vraiment une créature étrange et imprévisible. Après un énième Je n’ai jamais été aussi exténuée de ma vie. Pourtant, j’ai eu mon lot d’épisodes de baisse de régime mais je crois ne jamais avoir été aussi fatiguée dans la durée. J’ai l’impression que je serais capable de m’endormir n’importe où et n’importe quand. Je suppose qu’un matin, je me réveillerai et je serai à nouveau en pleine forme. Il en va de même pour l’appétit. Je pourrais manger un éléphant que j’aurais à nouveau faim dans une heure… Tant de changements, d’amorces de nouveaux départs !

Mon père est vraiment une créature étrange et imprévisible. Après un énième comportement inexplicable, il a pris mon déménagement très au sérieux. Il a été d’une bienveillance et d’une générosité que je ne lui connaissais pas. La petite voix au fond de moi s’est dit qu’il savait qu’il n’avait pas été correct et que tout cet investissement inattendu demandait pardon. Il a fait son maximum. Et même plus. Et même trop.

Du jour où les déménageurs ont tout emporté jusqu’aujourd’hui, il a vraiment mis les mains dans le cambouis et s’est même montré protecteur. Nous avons déjeuné ensemble à l’extérieur à plusieurs reprises. Cela ne nous était pas arrivé depuis mes 30 ans…

J’ai réalisé que je l’appelais "Papa" comme j’appelais "Maman". C’est-à-dire comme quand j’étais petite, comme si c’était là leur prénom et non la place qu’ils occupent dans ma vie. Soit parce qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas de cette place et, pour la première fois, je me suis sentie totalement en paix avec le fait qu’il n’y ait plus de dissonance dans l’attachement de ces termes.

Quant à l’appartement, il l’a visité en y déposant les cartons et semble conquis. Il a eu un coup de coeur pour ce qu’il a décidé d’appeler "le cellier". Une phrase m’a marqué en particulier. Il a dit : "Cet appartement est magique." Et il l’est parce que je le suis et il me tient à coeur d’y répandre ma magie. Bien sûr, son côté rationnel a tenté de reprendre le dessus et, à sa seule tentative, je lui ai demandé d’avoir confiance et de ne pas tout gâcher avec de nouvelles maladresses. Il s’y est tenu et j’ai apprécié cet effort.

Il m’écoute me projeter dans ce nouveau chez-moi et m’aide à concrétiser mes aménagements. Je n’avais pas eu beaucoup de temps pour apprécier l’espace et m’imaginer vivre ici à ma première visite. Maintenant que j’y suis, c’est évident. Les formes et les couleurs m’envahissent. Les cartons resteront là où ils sont le temps qu’il faudra. Je ne suis plus pressée. J’ai le minimum vital à portée de main. Ma priorité était d’être en sécurité. Et bientôt, avec la force du temps, je suis sûre que ce sentiment grandira et reprendra sa place. Je construis de nouveaux repères.

La semaine de transition a été très mouvementée. J’ai jonglé entre les deux appartements. Rendre l’un familier et habitable ; rendre l’autre tout court. Je suis arrivée un peu plus tôt que l’heure convenue pour l’état des lieux de sortie. J’avais besoin de dire au revoir à cet endroit qui a été mon premier appartement, mon premier chez-moi, ma première maison. Je l’ai remercié de m’avoir abrité et protégé pendant toutes ces années. Et j’ai prié.

J’ai rendu les clés et suis partie sans me retourner.

J’ai du mal à croire que tout cette période douloureuse de ma vie est finie. Ça me fait tellement du bien de me le dire et d’épurer progressivement toute cette place pour accueillir de nouvelles choses bonnes pour moi. Après toutes ces nuits d’angoisse et d’insomnie et de ces journées où je peinais à manger et à garder de la nourriture en moi, peut-être que mon corps se libère enfin de ces états qui ne lui étaient pas naturels…

J’arrive dans la dernière ligne droite de ma formation de photographie. Les choses sont un peu décousues avec tous les réaménagements qu’il a fallu faire mais j’espère que nous arriverons à maintenir l’exposition pour la rentrée. Et si ce n’est pas possible, je serais contente d’être allée au bout de ce projet personnel. Je crois avoir atteint mon objectif premier : m’être nourrie intellectuellement et améliorée techniquement dans un domaine que j’aime et qui m’habite. Je vois les différences bien nettes entre l’avant et l’après. J’en saurai davantage dans les prochains jours avant de repartir pour une petite semaine de randonnée…

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2021-06-29T17:08:06+02:00
https://bulle.journalintime.com/Poncha Poncha Je viens de passer une semaine avec de parfaits inconnus et je suis contente d'avoir relevé le défi. Ma batterie sociale a été mise à l'épreuve et s'est souvent retrouvée à plat (ou si près de l'être). Je me suis même demandée (surtout au début) si j'arriverais à passer la semaine... J'avais parfois l'impression d'être de nouveau dans l'ombre de mon adolescence. Cette mixture inconfortable d'incompréhension et de déphasage entre ces autres si extravertis et bruyants et mon profil calme et réservé. Et plus le cercle était grand, plus je me sentais de trop ou à la traine... Je viens de passer une semaine avec de parfaits inconnus et je suis contente d’avoir relevé le défi.

Ma batterie sociale a été mise à l’épreuve et s’est souvent retrouvée à plat (ou si près de l’être). Je me suis même demandée (surtout au début) si j’arriverais à passer la semaine… J’avais parfois l’impression d’être de nouveau dans l’ombre de mon adolescence. Cette mixture inconfortable d’incompréhension et de déphasage entre ces autres si extravertis et bruyants et mon profil calme et réservé. Et plus le cercle était grand, plus je me sentais de trop ou à la traine…

J’ai fini par réussir à trouver mon rythme. Sans être asociale, j’ai besoin d’avoir des moments pour moi et tout va beaucoup mieux quand je respecte cette part de moi, que je lui donne ce qu’elle veut. J’avais cette exigence ridicule envers moi-même qui me mettait une pression superflue alors qu’on sort tous d’une situation compliquée. Les traits relationnels se sont exacerbés : on a tous envie de vivre tellement fort et on ne sait plus vraiment comment faire… J’ai le droit de prendre mon temps pour ça aussi.

C’était une joie île. Le guide nous a emmené chaque jour dans des décors différents, lui donnant un caractère unique. J’ai atterri sur un des aéroports les plus dangereux du monde après une escale prolongée, pris des petits-déjeuners de championne sur une terrasse ensoleillée dès les premières heures du matin. J’ai tournoyé sur des routes étroites et pentues à m’en donner la nausée, fait un cours de yoga entre une levada, un chat et des lézards. J’ai gouté des mets locaux (le Picado et le pain à la patate douce sont juste délicieusement conviviaux), entre pique-niques et petits restaurants typiques. J’ai pris le soleil dans la piscine. J’ai randonné sur des falaises, en forêt et sur un volcan au-dessus des nuages. Je me suis blessée à la cheville. Encore (mais rien de grave heureusement). J’ai fait une séance grisante de shopping de fifille et même entr’aperçu le Président sur un malentendu… J’ai passé des soirées de la vieille ville à la marina, de la Poncha à la Nikita en passant par la Piña colada (et une piquante Margarita à la fraise) qui m’ont désinhibées juste ce qu’il fallait pour sortir la tête de ma coquille et trouver une raison de me coucher à pas d’heure…

Je ne me suis pas reposée. Je n’ai pas souvent été sobre mais j’étais joyeuse ; j’ai parlé ; j’ai ri. J’ai même eu l’impression de vivre ce que j’aurais dû expérimenter avec ma génération il y a des années. Et une fois que j’y suis (parce que la dualité est bien ancrée avant), ça me plait. C’est quand les journées ont commencé à passer vite que j’ai compris que j’avais réussi mon pari et fait un grand pas en avant.

J’apprends à rencontrer des gens sans en attendre autre chose que l’instant présent. J’apprends à voyager autrement dans des endroits auxquels je n’aurais jamais pensé ou dans lesquels je ne pourrais pas aller si j’étais seule.

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Avant cette pause exotique tant attendue, j’ai rencontré une femme qui m’a parlé dans le langage qui m’appelle si fort depuis quelques mois. C’était très étrange la facilité de notre échange, ce clic évident. J’ai eu une pensée suspendue lorsqu’elle m’a parlé de ses projets et de la voie qu’elle a choisi (ou de la voie qui la choisie ?). Je me suis dit que je ne pouvais pas l’avoir rencontré pour rien et surtout pas par hasard.

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2021-06-16T21:00:19+02:00
https://bulle.journalintime.com/En-carton En carton Mon frère me regardait avec des yeux comme des soucoupes pendant que je lui disais : "Wow, j'aime tellement le vent !". Sa sensation provoque une sorte de bien-être quasi instantané et me remplit d'extase. J'aime le vent. Le sentir passer dans mes cheveux, en faire ce qu'il veut, me rafraichir à m'en faire frissonner alors que le soleil cogne sur ma peau. Le Sud m'a laissé un joli bronzage, comme la promesse d'un été dont je vais savourer chaque minute. Ce long week-end de retrouvailles, de balades, d'exaspération, de rires et de discussions m'a vraiment fait du bien. D'autant plus Mon frère me regardait avec des yeux comme des soucoupes pendant que je lui disais : "Wow, j’aime tellement le vent !". Sa sensation provoque une sorte de bien-être quasi instantané et me remplit d’extase. J’aime le vent. Le sentir passer dans mes cheveux, en faire ce qu’il veut, me rafraichir à m’en faire frissonner alors que le soleil cogne sur ma peau. Le Sud m’a laissé un joli bronzage, comme la promesse d’un été dont je vais savourer chaque minute.

Ce long week-end de retrouvailles, de balades, d’exaspération, de rires et de discussions m’a vraiment fait du bien. D’autant plus qu’il ne s’est jamais autant passé autant de choses depuis que j’ai quitté ma routine et décidé de prendre du temps pour moi. Et de bonnes choses avec ça !

Je suis allée voir mes grands-parents. Cela faisait plus d’un an et demi que je n’avais pas pu les voir. En temps normal, je note les petits changements dans leurs habitudes d’une fois sur l’autre. Ce n’est en général que des petits signes mais cette année et demie de séparation les a marqué plus que jamais. Ça a été un choc, surtout pour ma grand-mère. Ils ne s’activent plus comme avant et trouvent des excuses pour ne plus sortir. Les promenades d’autrefois sont raccourcies et pénibles à finir. Ils se cachent derrière ma présence pour faire un doigt d’honneur aux préconisations de leurs médecins et manger tous les interdits…

Je suis restée juste ce qu’il fallait avant de retomber dans leur classique lassitude et empressement de me voir repartir qui les rendent aigris et méchants. Je me suis autorisée une matinée seule en bord de mer, à faire des photos et à marcher sur la digue. J’avais besoin de ce moment à moi.

A mon retour, un heureux courrier m’attendait : un logement m’a été attribué d’office ! Mon contact du service client m’a avoué qu’elle craignait pour ma vie à force de voir mes courriers d’appel au secours passés chaque semaine… Et, très franchement, je pense que c’était la seule issue possible sans action de leur part.

Malgré les cartons qui s’empilent autour de moi, j’ai du mal à réaliser que this is it. La visite de l’appartement m’a laissé presque indifférente alors qu’il est très bien et que j’y serai mieux une fois installée. C’est plutôt que c’est allé si vite que je n’ai pas eu le temps de m’y projeter, de m’imaginer vivre dedans. J’attends ce moment depuis tellement d’années. Est-ce que ça y est, vraiment ? Je l’ai parfois écrit ici : l’angoisse des derniers mois a été très difficile à subir et à surmonter. J’ai encore peur parfois. C’est un soulagement de sortir définitivement de là. Mon voisin est de nouveau dans une phase "calme" et je ne serai plus là quand il fera une rechute. Je ne serai pas loin mais totalement hors de sa portée, totalement en sécurité, et peut-être heureuse. Plus jamais -- JAMAIS -- il me fera du mal.

Je pense que j’apprécierai ma chance et que je réaliserai pleinement ce qu’il se passe quand je verrai mes affaires partir dans le camion, que je regarderai cet intérieur totalement vide et que je remettrai mes jeux de clés. Je voudrais prévenir le.a prochain.e locataire et il se peut que je laisse un mot quelque part… mais je crois foncièrement que la vie m’appelle ailleurs. La seule chose dont je dois me préoccuper, c’est de me reconstruire.

Mon entourage a aussi accueilli la bonne nouvelle à l’exception de mon père. Cela ne devrait même plus me surprendre. Sa réticence au changement, son manque de confiance en lui qu’il projette salement sur moi. Il m’avait déjà servi son discours quand j’avais emménagé ici. Il espérait que répéter ses arguments et sa peur me ferait renoncer. Il reprend les mêmes (sauf celui "d’abandonner mon frère") et il recommence : est-ce que je suis assez responsable pour assumer le loyer ? Est-ce que ma sécurité est réellement prioritaire quand ma situation professionnelle est précaire ?

Mais je suis une lionne : je sais pour quoi je me bats. Je suis résiliante. Je ne baisse pas les bras. Je ne renonce pas.

Je pense avoir assez de recul sur mes expériences pour comprendre que je suis loin d’être immunisée contre les aléas de la vie. Certaines choses se passent bien (même très bien) ; d’autres se passent mal (même très mal). Mais je n’arrive pas à me convaincre (ni à être convaincue et c’est visiblement là le problème) que rester focalisée sur ce qui pourrait hypothétiquement mal se passer peut m’aider à avancer. Et cela vaut pour tous les domaines finalement. Personne ne sait vraiment ce qu’il va se passer. Personne n’est prêt pour ce qu’il va se passer. Je ne suis pas sûre qu’il existe de "bon moment" pour les changements. Alors autant faire son maximum pour vivre mieux quand les opportunités se présentent.

Je n’ai pas voulu rentrer dans son jeu d’emprise. Je ne lui ai jamais donné de raison de douter de ma capacité à me gérer et je n’ai rien à lui prouver. Je lui ai simplement dit qu’il pouvait soit choisir de me faire confiance et m’aider seulement si il le souhaitait vraiment ; soit de me laisser tranquille car je peux gérer la situation seule. Dans les deux cas, je suis d’accord.

Il m’a répondu que "comme d’habitude", je me méprenais et que, puisque c’était comme ça, il n’en parlerait plus. Dans la foulée, il s’est désisté sans motif alors qu’il s’était engagé à visiter l’appartement avec moi et n’a plus donné signe de vie depuis. Et c’est à moi qu’il vient faire des leçons de maturité… Fut un temps où je me serais mise en colère à m’en rendre malade. Aujourd’hui, je suis déçue mais je n’ai plus l’énergie pour ces conneries.

Je peux compter sur moi et c’est encore ce que je connais de plus fiable. Et peut-être même de plus fort.

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2021-05-29T21:32:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/Pendant-que-le-sol-seche Pendant que le sol sèche Quand je travaille et que j'ai mon week-end, je ne suis jamais heureuse de sortir prendre l'air. En général, c'est toujours dans un but bien précis et souvent pour faire une course (ou pour aller à la salle de sport quand elle était ouverte). Je ne m'éloigne jamais bien loin. Non pas à cause du confinement mais simplement par confort personnel, par habitude. Cela fait 6 ans que je vis dans cette ville et je n'étais jamais allée dans ces deux parcs situés à moins de 10 kilomètres de chez moi. Je marche pendant quelques heures. J'y vais souvent le matin, quand il fait frais et que Quand je travaille et que j’ai mon week-end, je ne suis jamais heureuse de sortir prendre l’air. En général, c’est toujours dans un but bien précis et souvent pour faire une course (ou pour aller à la salle de sport quand elle était ouverte). Je ne m’éloigne jamais bien loin. Non pas à cause du confinement mais simplement par confort personnel, par habitude.

Cela fait 6 ans que je vis dans cette ville et je n’étais jamais allée dans ces deux parcs situés à moins de 10 kilomètres de chez moi. Je marche pendant quelques heures. J’y vais souvent le matin, quand il fait frais et que les vacanciers forcés sont encore en train de dormir. J’y trouve le calme et la sérénité que je n’ai pas dans ma tête. J’ai beaucoup de chance : le temps se prête à la balade. Le soleil est doux. Ce qui me marque le plus, ce sont les sons de la forêt ; des sons que le quotidien m’avait faits oublier : le bruissement des feuilles, l’écoulement d’une réserve d’eau, les chants des oiseaux… Et puis je lève la tête, je vois un ciel bleu, des moineaux et parfois des faucons.

Je prends mon appareil photo quelques fois. Mes cours sont suspendus pour le moment mais, d’ici leur reprise, je ne veux pas perdre ce que j’ai appris. La seule façon de maintenir mon niveau, c’est de pratiquer. J’essaie de rester en manuel. Je pense aux thématiques de l’exposition et toutes les idées qui me viennent me parlent de nature. De même, la marche me permet de me remettre en forme. Tant pour ma santé mentale que pour me préparer aux activités sportives organisées dans mes prochains voyages. Mon souffle et ma cheville surtout. J’arrive à marcher entre 4 et 10 kilomètres par jour dans ces petits espaces.

Hier, mon père s’est joint à moi et nous avons entendu un pic noir à l’oeuvre. J’étais contente de lui faire découvrir l’endroit. Je ne sais plus à quand remonte notre dernière sortie à deux. Possiblement au restaurant pour mes 30 ans -- il y a presque quatre ans donc.

Je ne veux pas toujours sortir mais je refuse de subir la solitude. Rien ne prendra le pas sur mes résolutions. Je veux aller vers une autre vie, me poser les bonnes questions, tout remettre à plat. Je sais pertinemment que ce n’est pas en restant inactive et enfermée que mes reflexions pourront se construire ou que je pourrais, au sens propre comme au figuré, souffler. Alors je sors. Je vais à la rencontre de moi-même. Je vais creuser là où les terrains sont glissants, là où le danger se tapit. Il m’arrive parfois de pleurer en silence au milieu de cette nature et, ce n’est pas grave, je laisse couler. J’écoute mon intuition. Tout ira bien.

Sans le vouloir ni le chercher, j’ai passé un entretien. Une entreprise de ma ville a trouvé mon profil sur la toile et m’a contacté. C’est la deuxième fois que je suis "trouvée" par les réseaux sociaux. La première fois, c’était en 2016 et ça a été une expérience extraordinaire. J’avoue que c’est toujours hyper flatteur d’être appelée parce que l’on correspond à une offre à pourvoir. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle je m’y suis rendue (et aussi parce que c’est à 5 minutes en voiture de chez moi). Je n’ai pas postulé alors je n’avais rien à perdre à m’y rendre. Par curiosité d’abord, et puis j’avais envie de me refaire la main dans un processus de recrutement.

J’ai d’abord échangé par téléphone et j’ai préféré annoncer la couleur tout de suite avec mon rétro-planning des prochains mois : j’ai des projets personnels qui me tiennent à coeur et sont prioritaires. J’ai été surprise d’entendre que ce n’était pas bloquant. On m’a dit : "Mais vous avez tout à fait le droit d’avoir une vie et des projets, aucun problème pour nous." Je pensais que la conversation tournerait court mais nous avons convenu de nous rencontrer en face-à-face. Le poste pourrait être intéressant. Il représenterait une belle évolution de carrière et un premier poste à responsabilités. Je n’attends rien de particulier mais affaire à suivre du coin de l’oeil.

J’ai eu mon frère au téléphone en début de semaine et ce n’était pas la grande forme. Il déprimait un peu, je crois. Il a été déclaré comme cas contact par son tuteur de stage et il a été renvoyé chez lui comme un malpropre. On lui a demandé de faire un test et de s’isoler quelques jours. Le test est revenu négatif mais les symptômes ont commencé à arriver entre temps… Il en a fait un second et, sans grande surprise, il est officiellement positif à la Covid. Nous sommes restés plus de 2h au téléphone. Il a perdu le goût et l’odorat. Sa fièvre était tombée. Il avait une meilleure voix et m’a parlé de ses investissements financiers auxquels je ne comprends rien. On s’est rappelé des souvenirs d’enfance… J’espère que je pourrai enfin aller le voir le mois prochain.

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2021-04-18T15:13:53+02:00
https://bulle.journalintime.com/Ce-dont-j-ai-besoin Ce dont j'ai besoin Ce matin, le réveil n'a pas sonné et, pour la première fois depuis des mois (voire des années), je me suis fait la remarque sans culpabiliser de ne pas me lever. M'autoriser le repos, la tranquillité. La routine va prendre du temps à se déconstruire mais je me sens déjà mieux de ne pas avoir à guetter les mouvements qui annoncent la pause café pour avoir un prétexte de sortir m'aérer... J'ai plutôt bien dormi et me suis réveillée tôt. Je suis retombée dans un demi-sommeil. J'ai fait des rêves et me suis souvenue d'anciens que j'avais oubliés (et que j'ai de nouveau Ce matin, le réveil n’a pas sonné et, pour la première fois depuis des mois (voire des années), je me suis fait la remarque sans culpabiliser de ne pas me lever. M’autoriser le repos, la tranquillité. La routine va prendre du temps à se déconstruire mais je me sens déjà mieux de ne pas avoir à guetter les mouvements qui annoncent la pause café pour avoir un prétexte de sortir m’aérer…

J’ai plutôt bien dormi et me suis réveillée tôt. Je suis retombée dans un demi-sommeil. J’ai fait des rêves et me suis souvenue d’anciens que j’avais oubliés (et que j’ai de nouveau oublié). Et j’ai eu envie de faire l’amour. Cela fait trois jours que je ressens des instincts primaires remontés de mon bas ventre vers le plexus comme un lierre grimpant. J’aime la sensation de ma peau qui glisse sur ma peau quand je me douche. Je ferme les yeux et je me laisse envahir par l’érotisme à l’odeur du savon.

J’essaie d’accueillir mon excitation autrement, de ne plus la refouler, de ne plus être triste (et parfois frustrée) de ne pas avoir de partenaire avec qui partager cette intimité. Je pourrais, bien sûr. C’est facile. Tellement facile que j’avais envisagé de séduire mon collègue pour satisfaire ce besoin. Je lui aurais volé sa tendresse, sa langue et ses coups de hanche avec la certitude de ne pas l’aimer, de l’utiliser. Alors que lui… Lui qui s’était déjà attaché à ma présence et qui se protège si mal de sa sensibilité… Ca aurait été cruel de ma part.

Quant au désir, c’est un acte inconnu et beaucoup trop fort que je veux réserver, préserver. Je me sens prête mais je préfère être frustrée que d’endommager mes standards et altérer mes valeurs personnelles.

J’ai passé le week-end à essayer d’évaluer ma propre toxicité par la pensée. Cette façon que j’ai de me traiter, de me maltraiter quand je ne corresponds à aucune case sociale, quand je veux répondre à une image de réussite projetée par des tierces et qui me conduit inexorablement à m’auto-saboter avec assiduité. Je crois que, ça y est, je commence à comprendre la leçon.

Et puis, un de mes voyages s’est confirmé hier soir et un autre vient de se confirmer au moment où j’écris ces lignes (je vais officiellement l’avoir cet orgasme) ! L’élan de joie -- de vraie joie -- qui s’en est suivi m’a confirmé que, même si toute cette quête personnelle temporaire est encore abstraite et que les questions restent nombreuses, je suis sur la bonne voie. Malgré la peur qui vient planter ses illusions ici et là. Je vais les dépasser. Je le sais.

J’aurais du mal à expliquer avec de simples mots cette certitude qui me crie de prendre ce temps pour moi, de prendre le temps de vivre et de méditer. La majorité des voyages auxquels je me suis inscrite ont tous un lien avec la spiritualité et la nature. Vers des lieux où le soleil brille, les fleurs poussent, la mer berce. Des randonnées, des repas sains, du yoga, de la méditation… et la fête !

Et c’est tout à fait, exactement, ce dont j’ai besoin.

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2021-04-12T16:56:54+02:00
https://bulle.journalintime.com/Etre-a-moi-cette-fois Être à moi, cette fois Je suis responsable. De mon inconstance ; de mon inconscience. Je suis responsable. De moi, d'assumer, d'essayer de faire ce qu'il faut pour arriver là où je veux être. Je suis responsable. De ces mois de silence criant de vérité ; de ma difficulté trouver les mots ; de ma quête de "Bonheur" irrationnelle ; de mes rêves intuitifs. Je suis responsable de prendre ce qu'il me reste de temps pour en réaliser un, peut-être deux. Avant de redevenir comme tout le monde et d'avoir de nouveau peur de ma vie, de celles des autres. Des autres tout court. Je n'ai jamais eu cet espace, cette Je suis responsable. De mon inconstance ; de mon inconscience. Je suis responsable. De moi, d’assumer, d’essayer de faire ce qu’il faut pour arriver là où je veux être. Je suis responsable. De ces mois de silence criant de vérité ; de ma difficulté trouver les mots ; de ma quête de "Bonheur" irrationnelle ; de mes rêves intuitifs. Je suis responsable de prendre ce qu’il me reste de temps pour en réaliser un, peut-être deux. Avant de redevenir comme tout le monde et d’avoir de nouveau peur de ma vie, de celles des autres. Des autres tout court.

Je n’ai jamais eu cet espace, cette liberté. Je la prends, c’est tout. Je ne fuis pas ma vie. Je veux la vivre. Un peu. Je voulais un an et il m’a fallu huit mois pour me foutre un coup de pied au cul et me dire qu’il faut le faire au lieu de baigner dans un regret insipide qui me rend physiquement et mentalement malade.

Le sommeil qui déserte. Les migraines oculaires rendent la lumière du jour et les écrans insupportables. Et je vomis. J’ai jamais autant vomi. Ma peau est granuleuse puis lisse ; grasse puis sèche. Tout mon corps se contrarie et me jette hors de moi.

De court ou long courrier, à court ou à long terme, personne ne s’est soucié de savoir comment j’allais, si j’étais heureuse ou malheureuse ; si j’étais trouvée ou perdue. On me demande seulement si j’ai des pistes, si j’ai déjà trouvé autre chose… parce qu’il faut avoir quelque chose. Qu’importe mes états d’âme. Pour cotiser ma retraite, pour pouvoir acheter une maison et changer de voiture (ou juste en acheter une).

Je voudrais qu’ils arrêtent de me parler de ma vie comme d’un meuble à caser dans une pièce le plus longtemps possible ; comme si ils avaient un droit de regard, de direction et d’urgence dessus ; comme si leurs ambitions, leurs définitions et projections d’une vie réussie devaient être universelles (et donc normales, et donc enviables). C’est très bien de cotiser, d’acheter une maison et de changer de voiture (ou juste en acheter une).

Pourquoi est-il si inconcevable qu’on puisse avoir besoin d’un peu temps pour reprendre son souffle, s’aligner à ce qui se passe en soi avant d’arriver à se projeter ? Devant, derrière, sur les côtés. Partout, ailleurs.

C’est ma vie.

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2021-04-09T19:36:00+02:00
https://bulle.journalintime.com/A-mi-chemin A mi-chemin J'ai commencé un nouveau travail il y a deux semaines. J'étais contente de recevoir cette offre dans le contexte actuel. Le processus de recrutement a été très rapide et je savais que ça marcherait. Je suis soulagée d'avoir eu une opportunité au milieu de l'incertitude économique. Je n'ai pas envie de m'attarder sur le fait que le poste ne m'intéresse pas plus que ça, que l'intégration est étrange. Pour une fois, je n'ai pas envie de me poser de question existentielle. Aucune envie de m'impliquer, de me dépasser. J'ai juste trouvé une façon comme une autre d'occuper mes J’ai commencé un nouveau travail il y a deux semaines. J’étais contente de recevoir cette offre dans le contexte actuel. Le processus de recrutement a été très rapide et je savais que ça marcherait. Je suis soulagée d’avoir eu une opportunité au milieu de l’incertitude économique.

Je n’ai pas envie de m’attarder sur le fait que le poste ne m’intéresse pas plus que ça, que l’intégration est étrange. Pour une fois, je n’ai pas envie de me poser de question existentielle. Aucune envie de m’impliquer, de me dépasser. J’ai juste trouvé une façon comme une autre d’occuper mes journées en gagnant de l’argent. Je suis bien consciente de ma chance et du sens qu’une routine apporte à ma vie. N’est-ce pas ce que font la plupart des gens ?

Est-ce normal de s’en foutre autant ?

Je voudrais pouvoir être plus reconnaissante, me dire que je suis sur le bon chemin mais je sais que je ne suis pas mes ambitions profondes. Toujours faim, toujours soif. Je suis incomplète. Au fond de moi, j’espère que le coeur me rattrapera.

Je me suis laissée une année pour apporter des changements positifs dans ma vie. Un an pour trier, ranger, jeter ou détruire. Je suis déjà à la moitié de l’échéance que je m’étais plus ou moins fixée. J’attends trop de moi. Bien sûr, tous les chantiers ne peuvent pas se mettre en place en simultané et en un claquement de doigt. Je m’impatiente beaucoup mais ça avance.

Mes autres projets se limitent à la relance de ma demande de logement, préparer mes repas du lendemain et à soigner mes irruptions d’acné (le port du masque toute la journée ne me réussit pas) en rentrant le soir. J’ai commencé mes cours de photographie en alternance avec mes cours de Pilates. Je refais ma garde-robe. Tout est sage ; tout est plat, sans passion. Ce n’est rien.

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2021-01-31T17:17:00+01:00
https://bulle.journalintime.com/Blacklists Blacklists Je ne suis qu'en milieu de semaine et je suis déjà rincée. Je vais juste poser ça là, et, quand il me prendra l'envie de me relire (ce qui m'arrive parfois mais je pense qu'on le fait tous un peu), je verrai peut-être les choses différemment... Qui sait, je serais peut-être même contente de me dire que je m'en suis sortie et relevée ? Pour changer un peu, j'ai eu le droit à une nouvelle visite de mon voisin. J'ai immédiatement appelé la police qui a été réactive. Il a au moins le mérite d'être inventif car il s'est trouvé un nouveau jeu. Comme d'habitude, il s'est excité Je ne suis qu’en milieu de semaine et je suis déjà rincée. Je vais juste poser ça là, et, quand il me prendra l’envie de me relire (ce qui m’arrive parfois mais je pense qu’on le fait tous un peu), je verrai peut-être les choses différemment… Qui sait, je serais peut-être même contente de me dire que je m’en suis sortie et relevée ?

Pour changer un peu, j’ai eu le droit à une nouvelle visite de mon voisin. J’ai immédiatement appelé la police qui a été réactive. Il a au moins le mérite d’être inventif car il s’est trouvé un nouveau jeu. Comme d’habitude, il s’est excité sur la sonnette et, pendant que j’appelais la police, la sonnerie restait en continu. J’étais persuadée qu’il était encore à ma porte en train d’appuyer pour me forcer à lui ouvrir. J’ai laissé sonner pendant 6/7 minutes avant d’arriver à approcher de la porte à pas de louve (j’avais tellement, tellement peur qu’il m’entende de derrière). Pour arrêter ce barouf, je n’ai pas eu d’autre choix que de couper l’électricité depuis le tableau de disjoncteurs (et même là, en écrivant ça, je suis consternée par ce qu’il faut faire pour avoir la paix). Mais en relevant la "languette", la sonnerie reprenait de plus belle…

Quand l’équipe de police est arrivée, ils ont constaté par eux-mêmes que ce malade avait pris le temps de crocheter l’interrupteur de ma sonnette avec un cure-dents pour qu’il reste appuyer.

J’ai complètement craqué. Pour la première fois, je me suis mise à pleurer. D’épuisement, d’impuissance. Ce mec n’est pas juste instable. Il est assez psychopathe pour préparer des stratèges à l’avance. J’étais incapable de parler alors je leur ai donné toutes les mains courantes pour qu’ils en prennent connaissance et ils ont compris. Ils sont descendus et ont frappé à sa porte avec tellement de force que d’autres voisins sont sortis sur le palier. Une voisine leur a dit qu’elle l’avait vu monter chez moi, faire ce qu’il a fait et redescendre vite fait sans repasser par chez lui.

C’est probablement de la paranoïa de ma part (je suis tellement angoissée que je ne suis plus vraiment rationnelle) mais je me suis demandée si prendre du plaisir à me terroriser par le harcèlement et l’intimidation ne lui suffisait plus. Comme je n’ouvre plus ma porte, que je ne cherche plus à lui faire entendre raison, je me suis dit que cela devait mettre un peu de piquant dans sa minable vie de me provoquer pour que j’appelle la police. C’est la deuxième fois qu’une équipe intervient et qu’il s’absente de son appartement dans la foulée juste à ce moment-là. Quand la voisine a dit qu’elle l’avait vu décamper, j’ai tout de suite pensé au syndrome des pyromanes qui ne peuvent pas s’empêcher de regarder à bonne distance et de s’applaudir en silence…

Je me suis écroulée quand la police est partie. Tout cet état nerveux et d’anxiété permanente me vide. J’avais besoin de pleurer pour relâcher tout ça. Mon voisin du dessus a tout entendu et est venu me voir. Un autre s’est greffé à la conversation sans que j’arrive à me souvenir d’où il est sorti. Ils voulaient savoir si j’allais bien et me dire que si je rencontrais des difficultés ou que je me sentais en danger, je pouvais les appeler ou monter chez eux. L’un d’entre eux m’a donné son numéro de téléphone et m’a laissé câliner son chien. Je lui ai demandé de dessouder les fils de ma sonnette. Je ne supporte plus son bruit strident. Comme il n’y a que lui qui l’utilise, ce n’est pas une perte.

J’ai refait des courriers au bailleur. Mon rendez-vous avec l’élu au logement de ma ville n’a rien donné. Il m’a simplement renvoyé vers l’assistance sociale et une permanence juridique. Il considère que le danger de ma situation n’est pas prioritaire sur les demandeurs qui n’ont pas du tout de logement. Et c’est vrai dans un sens. Je ne suis pas à la rue (j’aime même mon appartement) et je ne suis pas le problème. C’est pourtant bien à moi de partir puisque tout ce petit monde (qui se renvoie allègrement la patate chaude) plein de pouvoir a choisi de rester statique. Et c’est aussi faux car si je n’avais pas de logement, je ne subirais pas cet harcèlement.

Après être allée au commissariat, je me suis rendue en boutique opérateur pour souscrire à un nouveau forfait téléphone. Tout allait à peu près bien jusqu’à ce que le vendeur disparaisse en arrière-boutique pendant plusieurs minutes. Quand il est revenu, il m’a annoncé qu’il ne pouvait pas me créer une ligne (et que je ne pourrai le faire nulle part) car je suis blacklistée pour impayés chez un autre opérateur. Je suis tombée des nues car je n’ai pas changé de prestataire depuis 2015 et que j’ai toujours honoré mes factures.

J’ai tout de suite pensé à une usurpation d’identité et au montant inconnu dont on avait abusé à mon nom. Double angoisse, nouvelles paniques. Et tout au fond de moi, un écho très désagréable, comme un sentiment d’acharnement injustifiable.

Je me suis rendue chez l’opérateur concerné. J’ai pris connaissance des factures en question et, surtout, du nom accolé au mien : celui de mon premier beau-père. Je sais qu’il est en situation de précarité mais jamais, jamais je n’aurais pensé qu’il puisse faire une chose pareille ! J’ai tenté de l’appeler et, bien évidemment, il ne répondait pas. J’ai fait le tour du cercle familial. Ils ont bien reçu une lettre de mise en demeure d’un huissier mais n’ont pas jugé utile de me la transmettre lorsque nous nous sommes vus dernièrement. Ils ne m’en ont même pas parlé de vive voix. J’étais très, très en colère.

J’ai finalement appris que mon beau-père avait souscrit à une ligne en utilisant mon nom (sans mon consentement, de toute évidence) et a égaré le téléphone portable rattaché au numéro sans jamais faire le nécessaire pour suspendre/résilier la ligne. Comme son compte est à sec la plupart du temps, il y a eu des mois où les prélèvements automatiques ont été rejetés et c’est ce qui a généré des impayés… à mon nom. Car si il était l’utilisateur, il m’a désigné comme titulaire donc responsable. Je ne comprends pas comment il a pu me faire ça. Il a fait partie de ma vie pendant plus de 25 ans. Il a participé à mon éducation. J’avais une confiance aveugle en lui.

Heureusement, le montant n’était pas exorbitant et j’ai réglé la situation avec l’huissier en charge du dossier. Mon beau-père a dit à mon frère qu’il me ferait un chèque pour me rembourser. Mais je n’ai plus du tout confiance. Si jamais il tenait parole, il est fort probable que le chèque soit en bois alors je fais comme si je n’avais rien entendu. J’espère simplement que mon nom sera retiré des listes noires. Tant que ce n’est pas fait, je ne peux pas souscrire au moindre service sans fournir de caution… J’ai honte d’être fichée, d’avoir à assumer quelque chose que je n’ai pas fait.

Cette histoire arrive pile au moment où je sors d’une bataille épisodique avec Pôle Emploi. Le versement de mes indemnités a été bloqué car le nécessaire avec l’organisme de formation n’avait pas été fait. J’ai dû aménager mon budget autrement pour ne pas être à découvert et il a fallu que je fasse des démarches de ce côté-ci également pour débloquer la situation.

J’ai l’impression de passer mon temps à demander de l’aide, à réclamer. C’est épuisant.

A la fin de cette journée, mon père est passé à la maison. Je me suis dit que quitte à m’achever, autant tout mettre sur le même fil. Fraîchement rentré de vacances, l’échange est resté très cordial. Puis j’ai commencé à avoir des contractions, crescendo, de plus en plus violentes. La première crise d’endométriose de l’année était imminente. Je l’ai alerté tout de suite. Il m’a demandé si je ne pouvais rien prendre pour me soulager (je ne sais pas si c’était pour ne plus me voir souffrir ou parce que mes grimaces l’importunaient) et par me suggérer à nouveau ce qui lui apparait comme la solution naturelle et évidente : l’hystérectomie.

Il y a presque un an jour pour jour qu’il m’en avait déjà parlé et je lui avais fait comprendre que 1) c’est un choix intime et personnel que je perçois toujours comme un sacrifice ; 2) est-ce bien le moment de mettre ce sujet sensible sur le tapis ? ; 3) cette "solution" de boucher incompétent ne guérit pas l’endométriose. Peu de personnes savent que l’endométriose est invasive et se déplace… Quoiqu’il en soit, les décisions liées à ma vie comme à ma santé n’appartiennent qu’à moi.

Le cocktail d’émotions fortes a été explosif. Mon corps m’a fait payer toutes ces contrariétés. Et puis, j’en n’ai parlé à personne mais j’ai eu quelques pertes de sang pendant 48 heures la semaine passée alors que je ne suis pas censée avoir mes règles tout de suite… Rien d’alarmant mais c’était très étrange.

L’agence d’intérim a fini par me rappeler. Un peu gênée, la personne en charge du suivi client/candidats m’a avoué que l’opérationnel qui devait me rencontrer pour un deuxième entretien (qui devait avoir lieu juste avant Noël) a changé la fiche de poste et recherche finalement un profil trilingue - que je ne suis pas. Ma candidature avait pourtant été validée et j’attendais un retour… Je peux comprendre que les besoins puissent se nuancer en cours de processus mais à ce point-là… Quelle perte de temps et d’énergie pour tous ! D’autant plus que j’avais bien insisté sur ce critère lors de mon premier entretien : bilingue, oui ; trilingue, non. On m’avait répondu : "Oh, ça, c’est cadeau et en aucun cas éliminatoire !"

Que cette attente inutile me serve de leçon ! Après une première relance, j’ai estimé plus sage de rester discrète et respecter une trêve sur la période des fêtes (et ça m’a fait sincèrement du bien de me consacrer à d’autres choses aussi). Et tout ça pour ça. Quatre semaines dans le vent, à me demander si oui ou non je pouvais faire des projets.

J’écrivais dans mon précédent billet que l’absence de réponse ferme m’empêchait d’avancer et m’entravait à un rythme décidé par d’autres… J’ai modifié mon planning et si je n’ai pas de retour avant telle date (et pas un jour de plus), rien à foutre, je bouge, je vis.

Et avec pour seconde destination, le Sud ! Mon frère m’a annoncé qu’il avait décroché une offre de stage de 6 mois en région méditerranéenne. Sa date de début est pour bientôt et, comme d’habitude, les opportunités suivent leur cours avec les bons coups de pouce. Au bon endroit, au bon moment. C’est l’histoire de sa vie aux frais de la princesse. Le versant de ma montagne.

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2021-01-13T21:29:00+01:00
https://bulle.journalintime.com/etre-a-moi Être à moi J'ai commencé l'année avec l'émerveillement de la neige en ouvrant mes volets. Mes premiers mots de l'année ont été : "Oh la vache !" et j'ai eu envie que toute cette année soit faite de petits miracles à base de "Oh la vache !". J'ai fait quelques photos et me suis retrouvée avec une palette graphique dans les mains. J'ai passé des heures à gribouiller. Ma mère a utilisé un de mes dessins en guise de carte de voeux pour ses contacts. Depuis combien de temps n'avais-je pas perdu la notion du temps qui passe par candeur, par plaisir ? Si je n'avais pas si peur de me retrouver J’ai commencé l’année avec l’émerveillement de la neige en ouvrant mes volets. Mes premiers mots de l’année ont été : "Oh la vache !" et j’ai eu envie que toute cette année soit faite de petits miracles à base de "Oh la vache !".

J’ai fait quelques photos et me suis retrouvée avec une palette graphique dans les mains. J’ai passé des heures à gribouiller. Ma mère a utilisé un de mes dessins en guise de carte de voeux pour ses contacts. Depuis combien de temps n’avais-je pas perdu la notion du temps qui passe par candeur, par plaisir ?

Si je n’avais pas si peur de me retrouver sans rien, sans la sécurité d’une zone de confort matériel qui rassure mon égo et acquitte les factures, je donnerais un coup de pied dans tout ça et prendrais un an rien qu’à moi. Un an pour le luxe de vivre, pour voyager, pour me confronter à l’inconnu de vrais changements, pour faire des projets personnels et créatifs. Vivre. Et exister.

J’y avais déjà pensé à la fin de mon dernier contrat mais suivre ce chemin n’est pas ce que j’attends ou ce qu’on attend de moi. J’attends de moi de pouvoir subvenir indépendamment à mes besoins. On attend de moi que je renvoie l’image d’une personne équilibrée, qui sait ce qu’elle veut et où elle va. La vérité, c’est ce que je suis en bordel car rien de ce que je parviens à concrétiser ne reflète un choix du coeur.

C’est très bien de concrétiser certaines choses mais je n’y trouve aucun sens. Même dans les entretiens que je décroche, même dans le poste qu’on m’a proposé et que j’ai décliné (c’est bien beau de faire des remarques incongrues en entrevue, de demander de justifier un parcours et d’exposer ses prétentions pour ne pas en tenir compte), je me cherche sans m’y trouver. Une part de mon avenir reste incertain et dans l’expectative de la réponse de tierces qui me diront où je dois aller et ce que je dois faire… Ça me trouble et m’empêche d’avancer. C’est comme si je me broyais entre des murs, de l’intérieur de moi. Sans être à moi.

Mais j’ai tout aussi peur de me confronter à la question suivante : de quoi ai-je vraiment besoin là, maintenant, à ce stade de ma vie ? Une part de moi est convaincue que respirer, lâcher-prise me ferait du bien. Je ne sais pas ce que j’attends mais ce n’est pas productif ni objectif. Une épiphanie ? Une énième claque dans la gueule ?

De quoi as-tu besoin ? Qu’est-ce que tu veux ?

Je vais prendre un calendrier, choisir une date raisonnable en marge des retours que j’attends et même une marge supplémentaire pour les retardataires. Mais passer cette échéance, c’est décidé, j’arrête de rêver ma vie. C’est déjà un début.

Il fait beau.

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2021-01-09T15:36:00+01:00
https://bulle.journalintime.com/Chocolat-orange Chocolat-orange Juste après avoir publié mon dernier écrit, mon voisin est revenu se défouler sur ma porte. J'ai appelé la police qui m'a très efficacement envoyé sur les roses (pour rester polie) : "Qu'est-ce qu'on peut y faire, nous ?" Je ne cautionne aucun acte de violence mais il ne faut pas s'étonner que certaines personnes en viennent à se faire justice elles-mêmes si les personnes qui sont censées nous aider et nous protéger nous laissent dans la détresse quand on les appelle. Je n'ai pas envie de comparer ma situation à une autre. J'ai passé ma vie à me comparer aux autres et à Juste après avoir publié mon dernier écrit, mon voisin est revenu se défouler sur ma porte. J’ai appelé la police qui m’a très efficacement envoyé sur les roses (pour rester polie) : "Qu’est-ce qu’on peut y faire, nous ?" Je ne cautionne aucun acte de violence mais il ne faut pas s’étonner que certaines personnes en viennent à se faire justice elles-mêmes si les personnes qui sont censées nous aider et nous protéger nous laissent dans la détresse quand on les appelle. Je n’ai pas envie de comparer ma situation à une autre. J’ai passé ma vie à me comparer aux autres et à minimaliser mes épreuves. Je serai toujours "mineure" tant que je ne me retrouve pas avec un couteau dans le bide. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Le policier que j’ai eu au téléphone m’a dit que je n’avais qu’à sortir de chez moi pour aller porter plainte au commissariat. J’en suis restée coi. Non seulement je n’ai pas eu l’aide escomptée mais le seul conseil que j’ai reçu était de sortir me jeter dans la gueule du loup. Ma voix tremblait tellement que j’étais sûre que ma peur était palpable à des kilomètres. C’est une aberration de me demander de sortir de chez moi alors qu’un fou furieux se tenait au mieux dans la cage d’escaliers, au pire derrière ma porte.

Je me sentais vraiment en danger alors j’ai repris contact avec les interlocuteurs de la cellule sécurité de mon ancien employeur "client". J’avais fait des signalements suite à de nombreuses récidives en mars. Je ne savais pas si ils accepteraient de s’occuper de moi malgré le fait que je ne sois plus collaboratrice. Ils ne m’ont pas tourné le dos et je me suis tout de suite sentie moins seule et désemparée. J’ai attendu le lendemain matin pouvoir redéposer une main courante au commissariat. L’attente fut longue mais j’ai eu la chance de tomber sur une policière plus à l’écoute que la personne que j’avais eu au téléphone. Elle a pris le temps de rédiger et a très bien résumé les faits.

Papiers en main, je suis allée à la mairie pour demander un rendez-vous avec une personne en charge de l’attribution des logements. L’idée d’aller pleurer dans les chaumières pour faire avancer les choses ne m’enchante pas mais puisqu’il faut en arriver là pour avoir gain de cause, allons-y. Si d’autres le font sans scrupule, je le ferai aussi. Ma demande de relogement est active depuis 3 ans et, malgré le nombre d’appartements vides et de mains courantes jointes à mon dossier, rien n’a bougé. Je ne sais pas si cela changera quelque chose mais je me dois d’essayer pour me sortir de là.

Si jamais il se passe quelque chose, ma seule consolation est de me dire que tout le monde était bel et bien au courant. Ça fait un peu maigre…

Je suis allée passer le Réveillon et Noël chez ma mère. Je n’avais pas envie de traverser ces moments seule dans mon appartement. C’était un peu une fuite. J’avais envie de me changer les idées, de voir un peu de monde, de ne pas calculer mes faits et gestes, et de me sentir en sécurité quelque part. J’ai réalisé que je n’avais vu personne de ma famille depuis mon déplâtrage (en octobre) et qu’ils ne m’avaient pas vraiment manqué.

Ces quelques jours n’ont pas été parfaits mais, contrairement à certaines années, je ne les ai pas subis alors je considère que tout s’est bien passé. Je crois que ça vient du fait que je suis restée très active et à distance respectueuse des attitudes blessantes.

Comme prévu, je me suis lancée le défi de faire mon premier dessert de Noël. Je suis restée traditionnelle en optant pour une buche chocolat-orange. Mon père est passé pendant que je préparais la génoise et il n’a pas pu s’empêcher de jouer les critiques. Lui qui dénigre ouvertement mes entreprises a trouvé que j’avais "du mérite" à faire la recette de A à Z (parce qu’il considère qu’on ne cuisine pas vraiment si, par exemple, on ne fait pas sa pâte soi-même). Il s’est empressé d’ajouter un : "Tu sais ce qui aurait été encore mieux ?" mais je ne lui ai pas laissé le loisir de finir sa phrase car je l’ai déstabilisé en lui répondant : "Oui, d’être assez bien pour toi."

Le silence qui a suivi était chargé d’un… je-ne-sais-quoi, du "plouf" du gars dont le piège est tombé à l’eau. Je lui ai laissé le dernier mot. Il m’a dit que j’avais un problème à anticiper ses paroles comme des "messages automatiques de méchanceté". Je n’aurais pas dit mieux moi-même (la preuve qu’il sait très bien ce qu’il fait puisqu’il met des mots dessus). Mon "problème" n’est pas/plus le mien mais le sien. Ces années d’emprise ont été très dures à dépasser mais j’imagine que c’est d’autant plus frustrant de voir une ancienne proie s’échapper pour de bon.

J’ai emporté tout mon petit bazar chez ma mère et j’ai fini la décoration sur place. J’étais tellement fière du résultat, surtout pour une première ! Non seulement c’était présentable mais tout le monde s’est régalé. Ça m’a fait tellement plaisir de les voir en faire une photo et se resservir. La ganache a eu tellement de succès que mon beau-père a demandé à garder le reste du Tupperware pour le finir à la cuillère. J’ai également passé beaucoup de temps en cuisine pour faire un maximum de fait-maison et rester loin des discussions.

J’ai beaucoup (beaucoup) bu. J’ai fumé en sortant le chien. C’est le seul moment où les larmes me sont montées. Ma chienne m’aime d’amour et elle me manque beaucoup. Des placébos bien agréables quand le vin est bon et qu’on n’est pas très à l’aise avec le monde. Je prévois d’y retourner quelques jours pour passer le Nouvel An. Je réfléchis à une autre patisserie pour conquérir les assiettes. Je m’amuse beaucoup à expérimenter en cuisine.

Mon père m’a offert un livre sur les huiles essentielles et mon frère, un micro-ondes en clin d’oeil à sa désolation face à l’absence de certains électroménagers chez moi. Il m’a donné un deck de cartes et a fait quelques démonstrations de magie pour épater la galerie avec talent. J’ai aussi eu du chocolat de la part de mes tantes. Les cadeaux sont ce qu’ils sont. Je n’ai plus envie de calculer ma valeur en fonction de ce que je reçois (même si j’avoue que je pensais que ma mère et son mari penseraient à moi). Je suis contente de ne pas avoir été oublié par ceux qui ont eu un geste et encore plus de ne pas avoir passé ma journée et ma nuit à pleurer sur des mots maladroits et des idéaux égarés.

Et quelque part, au fond de moi, je n’étais pas toujours là même en étant à côté d’eux. Je sentais la chaleur de ma chienne contre moi ou à mes pieds mais mon esprit était loin. Je m’imaginais un voyage ou le rêve d’un voyage… J’aime cet espace qui n’appartient à personne entre moi et les autres.

Ça va aller.

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2020-12-27T13:24:00+01:00