Bulle de Vie

Être à moi

J’ai commencé l’année avec l’émerveillement de la neige en ouvrant mes volets. Mes premiers mots de l’année ont été : "Oh la vache !" et j’ai eu envie que toute cette année soit faite de petits miracles à base de "Oh la vache !".

J’ai fait quelques photos et me suis retrouvée avec une palette graphique dans les mains. J’ai passé des heures à gribouiller. Ma mère a utilisé un de mes dessins en guise de carte de voeux pour ses contacts. Depuis combien de temps n’avais-je pas perdu la notion du temps qui passe par candeur, par plaisir ?

Si je n’avais pas si peur de me retrouver sans rien, sans la sécurité d’une zone de confort matériel qui rassure mon égo et acquitte les factures, je donnerais un coup de pied dans tout ça et prendrais un an rien qu’à moi. Un an pour le luxe de vivre, pour voyager, pour me confronter à l’inconnu de vrais changements, pour faire des projets personnels et créatifs. Vivre. Et exister.

J’y avais déjà pensé à la fin de mon dernier contrat mais suivre ce chemin n’est pas ce que j’attends ou ce qu’on attend de moi. J’attends de moi de pouvoir subvenir indépendamment à mes besoins. On attend de moi que je renvoie l’image d’une personne équilibrée, qui sait ce qu’elle veut et où elle va. La vérité, c’est ce que je suis en bordel car rien de ce que je parviens à concrétiser ne reflète un choix du coeur.

C’est très bien de concrétiser certaines choses mais je n’y trouve aucun sens. Même dans les entretiens que je décroche, même dans le poste qu’on m’a proposé et que j’ai décliné (c’est bien beau de faire des remarques incongrues en entrevue, de demander de justifier un parcours et d’exposer ses prétentions pour ne pas en tenir compte), je me cherche sans m’y trouver. Une part de mon avenir reste incertain et dans l’expectative de la réponse de tierces qui me diront où je dois aller et ce que je dois faire… Ça me trouble et m’empêche d’avancer. C’est comme si je me broyais entre des murs, de l’intérieur de moi. Sans être à moi.

Mais j’ai tout aussi peur de me confronter à la question suivante : de quoi ai-je vraiment besoin là, maintenant, à ce stade de ma vie ? Une part de moi est convaincue que respirer, lâcher-prise me ferait du bien. Je ne sais pas ce que j’attends mais ce n’est pas productif ni objectif. Une épiphanie ? Une énième claque dans la gueule ?

De quoi as-tu besoin ? Qu’est-ce que tu veux ?

Je vais prendre un calendrier, choisir une date raisonnable en marge des retours que j’attends et même une marge supplémentaire pour les retardataires. Mais passer cette échéance, c’est décidé, j’arrête de rêver ma vie. C’est déjà un début.

Il fait beau.